Alors que la PrEP est un pilier de la prévention du VIH, son accès reste profondément inégalitaire. En France, les femmes représentent environ 30 % des nouvelles découvertes de séropositivité au VIH, mais seulement 6 % des initiations de PrEP au premier semestre 2025. Parmi elles, les femmes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne sont particulièrement exposées au VIH tout en restant largement exclues des dispositifs de prévention.
Le projet PrEParez-vous !, mené en Île-de-France par Geoffroy Liegeon, Victoria Manda et leurs collègues, s’intéresse à cet échec collectif et explore comment intégrer la PrEP dans les centres de santé sexuelle et de planification familiale (CSS/CPF) fréquentés par ces femmes. Les premiers résultats dressent un constat sans appel : la demande potentielle existe, la vulnérabilité est massive, mais l’offre reste largement en décalage.
Une population fortement exposée au VIH
En France, environ 1 300 femmes découvrent chaque année leur séropositivité. Près de 80 % d’entre elles sont nées en Afrique subsaharienne et la majorité vivent en Île-de-France. Les données des cohortes migrantes montrent qu’entre 31 % et 62 % des infections à VIH chez les personnes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne seraient acquises après l’arrivée en Europe, ce qui souligne l’importance d’interventions de prévention adaptées aux conditions de vie dans le pays d’accueil.
Les recherches menées dans le cadre du projet PrEParez-vous ! rappellent que les vulnérabilités au VIH ne se résument pas à des comportements individuels. Les femmes migrantes peuvent être confrontées à des situations de précarité administrative, économique ou résidentielle, à des violences sexuelles ou conjugales, à des rapports de pouvoir défavorables dans les relations affectives et sexuelles, ainsi qu’à des difficultés d’accès aux soins et à la fréquente impossibilité de négocier le préservatif avec leurs partenaires. Certaines rapportent aussi des relations transactionnelles liées à l’hébergement ou à la survie économique.
Un succès de santé publique qui laisse les femmes de côté
La PrEP est disponible et remboursée en France, rappelons-le, depuis 2016. Pourtant, son développement s’est concentré presque exclusivement sur les hommes gays, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).
Selon les données citées par les chercheurs, les femmes ne représentaient que 2,5 % des 42 159 initiations de PrEP enregistrées entre 2016 et 2021. Même en 2024, elles ne représentent encore qu’environ 3 % des plus de 120 000 personnes ayant commencé une PrEP en France.
Cette situation révèle un paradoxe : alors que les femmes constituent près d’un tiers des nouvelles infections, elles demeurent quasiment absentes des dispositifs de prévention biomédicale.
PrEParez-vous ! : rapprocher la PrEP des lieux fréquentés par les femmes
Face à ce constat, le projet PrEParez-vous ! a choisi une piste simple : identifier les leviers et les facilitateurs à la prescription de la PrEP dans les CSS.
Le projet est porté par une équipe franco-américaine associant notamment :
- Geoffroy Liegeon, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) et chercheur à l’Université Paris Cité ;
- Victoria Manda, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) impliquée dans les questions de prévention du VIH chez les femmes ;
- Julie Castaneda, sage-femme à Lariboisière ;
- Andres Ramirez Zamudio, gynécologue-obstétricien ;
- Marie Pastor, Hannane Mouhim et Myriam Toribio, responsables du service PMI et santé sexuelle en Seine-Saint-Denis ;
- Sophie Florence, du service de santé publique de la Ville de Paris ;
- ainsi que plusieurs chercheurs de l’Université de Chicago et de Northwestern University.
L’objectif est de comprendre comment faire des centres de planification des lieux de prescription et de suivi de la PrEP pour les femmes qui en ont besoin. L’étude est structurée en deux volets :
- Un premier volet auprès des femmes nées en Afrique subsaharienne consultant dans deux centres de santé sexuelle accueillant une forte proportion de ce public : l’un situé à l’hôpital Lariboisière (Paris), l’autre à l’hôpital de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), département caractérisé par une forte incidence du VIH. Ces structures proposent gratuitement, y compris aux personnes ne disposant pas d’une couverture maladie, des consultations de contraception, d’IVG, de dépistage du VIH et des IST, de suivi gynécologique ainsi qu’un accompagnement social. Deux études complémentaires y ont été conduites : une étude quantitative reposant sur un questionnaire en ligne et une étude qualitative fondée sur des groupes de parole.
- Un second volet auprès des professionnels de santé exerçant dans les centres de santé sexuelle de la Ville de Paris et de la Seine-Saint-Denis, comprenant une enquête quantitative par questionnaire et une étude qualitative reposant sur des groupes de parole.
« Les femmes ne demandent pas la PrEP parce qu’elles ne savent pas qu’elle existe »
Un premier article qualitatif (AIDS Patient Care and STDs, 2024) s’appuie sur cinq focus groupes menés entre novembre 2023 et février 2024 au centre de planification de Lariboisière :
- 19 participantes, toutes nées en Afrique subsaharienne
- médiane d’âge : 29 ans
- 8 pays représentés (dont Côte d’Ivoire, Nigeria, RDC…)
- médiane de 3 ans de vie en France
- 84 % n’avaient jamais entendu parler de la PrEP, et une seule en avait déjà pris.
Les discussions mettent en évidence plus problématiques :
> Une ignorance quasi totale de la PrEP mais une forte curiosité
La plupart découvrent la PrEP pendant la séance : « Je n’ai jamais entendu parler de PrEP avant, c’est la première fois. » Une fois informées de l’efficacité du traitement, beaucoup expriment l’idée qu’elles la prendraient pour « se protéger », à condition d’avoir des explications claires.
> Des obstacles très concrets à l’usage de la PrEP orale quotidienne
Les femmes insistent sur la difficulté d’adhérer à un comprimé quotidien, la crainte des effets indésirables et des interrogations sur l’utilisation de la PrEP pendant la grossesse ou en désir de grossesse. D’où un intérêt marqué pour les formes injectables à action prolongée, jugées plus simples et plus discrètes qu’un comprimé à prendre tous les jours.
> Une grande difficulté à négocier les outils de prévention avec les partenaires
Les participantes expliquent que des partenaires masculins refusent systématiquement le préservatif malgré leur désir de se protéger, avec à la clé des grossesses non planifiées, une anxiété permanente sur le VIH et parfois une exposition à des rapports transactionnels pour l’hébergement ou pour survivre.
Dans ce contexte, plusieurs femmes envisagent la PrEP comme un moyen de reprendre un peu de pouvoir sur leur santé, indépendamment du consentement du partenaire.
> Des représentations erronées du VIH et de sa transmission
Certaines évoquent des idées très répandues dans leurs réseaux (contamination par les toilettes publiques, par un peigne, etc.) et des discours du pays d’origine présentant le VIH comme une maladie sans traitement. Ces croyances alimentent à la fois la peur et la stigmatisation.
> Des complotismes et un fort stigmate communautaire autour du VIH et de la PrEP
Des théories circulent selon lesquelles les européens utiliseraient « leurs » corps pour tester des médicaments. La PrEP est parfois perçue comme un traitement pour les personnes déjà infectées. Beaucoup anticipent une forte stigmatisation si leur entourage les voyait prendre un médicament associé au VIH, que ce soit de la part du partenaire ou des pairs.
Les centres de planification familiale (CPF) sont des espaces de confiance mais la barrière de la langue pèse
Les mêmes focus groupes montrent que les CSS/CPF sont des espaces de soins très appréciés :
- les femmes se disent « bien accueillies », « bien reçues », avec un haut niveau de confiance envers les soignant·es,
- beaucoup fréquentent déjà ces centres pour la contraception, l’IVG et le suivi gynécologique.
Elles identifient spontanément ces centres comme le lieu idéal pour accéder à la PrEP, parce qu’elles y viennent déjà, y parlent plus facilement de sexualité et y perçoivent moins de jugement qu’ailleurs. Mais les participantes anglophones signalent aussi un sentiment d’invisibilité lié à la langue : difficultés de communication, peur de ne pas être comprises, impression de ne pas être prises au sérieux. Cette barrière linguistique est perçue comme un frein direct aux discussions autour de la PrEP.
Accès aux droits : la bataille de l’AME et des papiers
Au niveau structurel, les focus groupes rappellent combien l’accès au système de santé reste fragile :
- plusieurs femmes rapportent avoir été mal accueillies ou refusées avant d’obtenir l’Aide médicale d’État (AME) ou une autre couverture,
- la procédure d’obtention de l’AME (preuve de trois mois de présence, paperasse, domiciliation…) est vécue comme un parcours d’obstacles.
Les associations et travailleur·ses sociaux jouent un rôle crucial pour faire valoir les droits : certaines femmes disent avoir découvert leur droit à des soins gratuits grâce à une association qui leur a obtenu un « pass » ou une domiciliation, avant même l’assurance maladie. La possibilité d’obtenir la PrEP dans un centre de planification familiale, sans condition de papiers, est donc un levier majeur.
Ce que montre l’enquête transversale : une vulnérabilité massive, une grande disponibilité pour la PrEP
Un second article (AIDS and Behavior, 2026) s’appuie sur une enquête transversale menée auprès de 151 femmes nées en Afrique subsaharienne consultant dans les centres de planification familiale de Lariboisière et Montfermeil entre 2023 et 2024.
Quelques chiffres clefs sur cette population :
- Origine : 17 pays, principalement Côte d’Ivoire (≈40 %), Sénégal et RDC (≈10 % chacune), Nigeria, Cameroun…
- Âge : médiane 30 ans [25–35]
- Migration : médiane de 5 ans en France [2–8] ; motifs dominants : menaces dans le pays d’origine, regroupement familial.
- Précarité :
– 30,5 % sans ressource stable,
– 33,1 % en structure collective/association,
– 11 % sans aucune couverture santé,
– 49,7 % ont eu du mal à payer leurs besoins de base (nourriture, charges) dans l’année,
– environ la moitié ont vécu au moins une période sans titre de séjour,
– un tiers a des difficultés de lecture/écriture, et beaucoup n’ont pas dépassé le primaire ou le collège.
Côté sexualité et santé sexuelle :
- 86,8 % ont eu des rapports vaginaux/anaux dans les 6 derniers mois.
- 53 % n’utilisent jamais le préservatif, seulement 2 % l’utilisent toujours.
- Près de 30 % ne connaissent pas le statut VIH de leur partenaire.
- 17 % ont un partenaire qui vit en Afrique ou y voyage fréquemment.
- 5,3 % ont eu des rapports transactionnels (argent, logement, nourriture…) dans les 6 derniers mois.
- 11,9 % ont subi des rapports forcés en France.
Pour les motifs de consultation, l’IVG et la contraception dominent (environ 40 % et 37 % respectivement). Deux tiers avaient déjà consulté ce centre auparavant, et un quart l’ont utilisé comme premier point de contact avec le système de santé à leur arrivée en France.
Connaissances VIH et perception du risque : peu de connaissance, beaucoup d’inquiétude
L’enquête montre :
- Un niveau de connaissances sur le VIH globalement faible.
- 58 % ont été testées pour le VIH dans l’année.
- 87 % se perçoivent comme « peu ou pas à risque »… mais 44 % sont très ou extrêmement inquiètes à l’idée d’attraper le VIH.
Ce décalage est important : faible perception de risque, mais inquiétude élevée, ce qui peut justement ouvrir une porte à la PrEP comme outil qui réduit l’angoisse plus que comme réponse à un « calcul de risque » abstrait.
PrEP : quasi-inconnue, mais très bien acceptée une fois expliquée
Quelques résultats marquants sur la PrEP :
- Seulement 11,3 % des femmes avaient déjà entendu parler de la PrEP.
- Aucune ne l’avait jamais prise.
Après une courte explication sur l’efficacité de la PrEP orale quotidienne, les réponses basculent :
- 62,2 % disent qu’elles commenceraient « certainement » ou « probablement » une PrEP dans les 6 mois.
- 65,6 % se sentiraient à l’aise de demander la PrEP à un·e soignant·e.
- 71,6 % la prendraient si leur professionnel·le de santé la recommande.
Leurs principales motivations déclarées :
- 85,4 % : protéger leur santé
- 59,6 % : réduire l’inquiétude liée au VIH
- ensuite, avoir un enfant avec un partenaire VIH+, suivre un conseil médical, etc.
Les freins les plus fréquents :
- 69,5 % : peur des effets secondaires,
- 49 % : difficulté de prendre un comprimé tous les jours,
- 35,8 % : peur que les autres pensent qu’elles ont le VIH si elles les voient prendre un médicament,
- un tiers s’inquiète de l’impact sur la grossesse, la fertilité ou le bébé.
On retrouve ici, en version chiffrée, les mêmes thèmes que dans les focus groupes : intérêt marqué, mais une PrEP orale quotidienne perçue comme lourde, visible et potentiellement stigmatisante.
Qui serait éligible à la PrEP ? Beaucoup plus de femmes qu’on ne le croit
Les auteurs ont appliqué deux grilles de critères :
- Critères “standards” issus des recommandations internationales (rapports sans préservatif avec partenaire de statut inconnu ou multiple, IST récente, travail du sexe, etc.)
- Critères “adaptés” au contexte migratoire (incohérence de l’usage du préservatif + partenaire vivant/voyageant en Afrique, instabilité résidentielle, violences sexuelles en France…).
Résultat :
- 35,8 % des femmes remplissent au moins un critère « standard »
- 29,1 % au moins un critère « adapté »
- et au total, 51 % sont éligibles à la PrEP en combinant les deux.
Autrement dit, une femme sur deux qui franchit la porte de ces centres répondrait, de fait, à des critères d’éligibilité à la PrEP, alors que pratiquement aucune ne la connaît et qu’aucune ne l’a jamais prise.
Les femmes identifiées comme les plus exposées au VIH sont également celles qui se montrent les plus intéressées par la PrEP. Autrement dit, lorsque la prévention est proposée aux personnes concernées, elle rencontre un intérêt réel.
Autre résultat intéressant : plus le temps de présence en France augmente, moins les femmes se disent prêtes à initier la PrEP. Chaque année supplémentaire en France est associée à environ 9 % de chance en moins de vouloir commencer une PrEP. Cela plaide pour cibler en priorité les femmes récemment arrivées, souvent plus inquiètes, plus vulnérables et plus réceptives à un outil de prévention supplémentaire.
Où proposer la PrEP ? Les CPF s’imposent comme « trusted spaces »
L’enquête quantitative confirme ce que les focus groupes laissaient entendre :
- 100 % des participantes sont satisfaites ou très satisfaites des soins reçus dans les centres de planification.
- 92,1 % jugent que le CPF est un endroit approprié pour parler et proposer la PrEP.
- 80,1 % citent le CPF comme lieu préféré pour un premier rendez-vous de PrEP (loin devant le médecin traitant, les organisations communautaires ou les centres spécialisés).
Les femmes expriment un très haut niveau de confiance dans les équipes de planification familiale, qu’elles voient comme des espaces « protégés » pour parler sexualité, contraception, grossesse, violences. C’est dans ces trusted spaces qu’elles se projettent le plus facilement avec un suivi de PrEP.
En revanche, la majorité ne souhaite pas être accompagnée par un·e « pair·e communautaire » pour la PrEP : 65,6 % ne pensent pas que ce serait utile. Les données qualitatives éclairent ce paradoxe : certaines craignent que des personnes issues de leur propre communauté ne respectent pas la confidentialité, ou « ramènent leurs affaires » dans le quartier. La confiance va davantage aux soignant·es des centres qu’aux pairs, dans ce contexte précis.
Les freins sont aussi du côté des soignant·es
Les enquêtes menées dans le cadre de PrEParez-vous ! révèlent une autre difficulté majeure : de nombreux professionnel·les se sentent peu à l’aise pour parler du VIH et de la PrEP avec les femmes.
Dans l’enquête quantitative menée auprès de 64 médecins, sages-femmes et infirmier·ères d’Île-de-France :
- 42 % avaient déjà reçu une formation sur la PrEP ;
- 58 % n’avaient jamais discuté de PrEP avec une femme ;
- seulement 21 % des médecins avaient déjà prescrit une PrEP à une femme ;
- près d’un tiers des professionnel·les déclaraient être mal à l’aise pour en parler ou la prescrire.
Beaucoup déclarent être très à l’aise pour parler de la PrEP aux hommes gays, mais ne pas avoir le réflexe de la proposer aux patientes, reflétant un biais de genre encore très présent dans la perception du risque VIH.
S’y ajoutent des obstacles organisationnels comme le manque de temps et d’effectifs, l’absence de protocoles standardisés intégrant systématiquement la question de la PrEP, les difficultés pour réaliser certains examens biologiques sur place, la limitation réglementaire de la prescription initiale à certains prescripteurs (les sages‑femmes étant pourtant les professionnelles centrales dans les centres de planification). En clair : même quand l’intérêt pour la PrEP est réel, la machine administrative, le manque d’outils et la division du travail par profession bloquent sa diffusion auprès des femmes.
Aujourd’hui encore, la prescription initiale reste principalement associée aux médecins, ce qui limite fortement les capacités de déploiement dans des structures où les sages-femmes occupent une place centrale. Cette situation est particulièrement problématique dans les centres de planification familiale, souvent déjà saturés par d’autres missions : contraception, IVG, dépistage des IST ou accompagnement social.
Ce que demandent les professionnel·les
Malgré ces difficultés, les équipes interrogées ne remettent pas en cause la pertinence de la PrEP pour les femmes migrantes. Au contraire, elles soutiennent massivement plusieurs mesures :
- développer des campagnes d’information ciblées vers les femmes (en plusieurs langues, formats audio/vidéo pour contourner l’illettrisme) ;
- proposer davantage de formations sur la PrEP chez les femmes ;
- élaborer des protocoles simplifiés de repérage des situations éligibles (questionnaires courts, check‑lists intégrées à la consultation) ;
- désigner une personne référente PrEP dans chaque centre ;
- mettre à disposition un soutien expert facilement accessible (infectiologues, référents VIH) ;
- autoriser les sages-femmes et les infirmier·ères à participer davantage à la prescription et au suivi.
Sortir d’une prévention pensée au masculin et anticiper l’arrivée des PrEP injectables
Les résultats de PrEParez-vous ! rappellent une réalité souvent invisibilisée dans les politiques de prévention du VIH : les femmes, et particulièrement les femmes migrantes d’Afrique subsaharienne, ont besoin de la PrEP et la veulent, une fois qu’on leur en parle.
Pendant près de dix ans, le déploiement français de la PrEP s’est construit autour des besoins des hommes gays. Ce choix a permis de réduire fortement les nouvelles infections dans cette population, mais il a aussi laissé de côté d’autres publics pourtant exposés au VIH.
L’arrivée progressive en France de nouvelles modalités de PrEP, notamment injectables (cabotégravir tous les deux mois, lénacapavir tous les six mois), pourrait constituer une opportunité pour repenser cette prévention à destination des femmes. Ces produits répondent directement à plusieurs freins identifiés : charge mentale de la prise quotidienne, risque de dévoilement par les comprimés, impossibilité de garder des boîtes de médicaments dans un logement précaire ou partagé. Encore faut-il que les structures de santé disposent des moyens humains, financiers et organisationnels nécessaires.
Comme le montre le projet PrEParez-vous !, le problème n’est pas l’absence de besoin, ni même l’absence de désir de prévention. Le vrai enjeu est de construire une offre de PrEP qui parte des réalités des femmes, de leurs lieux de soins habituels et de leurs contraintes de vie, plutôt que d’attendre qu’elles se conforment à un modèle de prévention pensé pour d’autres.
Dans cette continuité, l’équipe de PrEParez-vous ! porte désormais le projet ANRS Elles PrEP, une étude d’implémentation visant à intégrer la PrEP dans dix centres de santé sexuelle de la Ville de Paris et de la Seine-Saint-Denis. Les inclusions devraient débuter en janvier 2027.
Sources
Liegeon G, Devlin SA, Manda V, Castaneda J, Toribio M, Florence S, et al. (2025) Perspectives of healthcare providers in family planning centers on increasing pre-exposure prophylaxis uptake among women who have migrated from sub-Saharan Africa to France. PLoS One 20(5): e0325078.
Liegeon G, Mason JA, Friedman EE, Toribio M, Florence S, Villalon E, et al. (2026) A cross-sectional survey to explore healthcare providers’ experiences and attitudes toward HIV pre-exposure prophylaxis for women in family planning centers of Greater Paris. PLoS One 21(1): e0337510.
Liegeon G, Devlin SA, Manda V, Castaneda J, Marsh C, Ridgway JP, Johnson AK. Knowledge, Attitudes, and Perspectives of Women Who Have Migrated from Sub-Saharan Africa to France Toward HIV Pre-Exposure Prophylaxis in a Family Planning Center. AIDS Patient Care STDS. 2024 Nov;38(11):507-516. doi: 10.1089/apc.2024.0190. PMID: 39565725.
Ramírez Zamudio, A., Manda, V., Mason, J.A. et al. Trusted Spaces, New Services: Family Planning Centers and PrEP Acceptability Among Women Who Have Migrated from Sub-Saharan Africa in France. AIDS Behav (2026). https://doi.org/10.1007/s10461-026-05135-0