IST et hépatites /

HPV : traitement des condylomes

L’ ALDARA®
En pharmacie, on trouve cette crème sous la forme : ALDARA 5 %, crème Boîte de 12 sachets de 250 mg à usage unique. Le principe actif est l’imiquimod. L’autorisation de mise sur le marché date de 1998 avec une indication dans les verrues génitales externes de l’adulte. En 2004 et 2007, il y a eu une extension de l’indication aux carcinomes basocellulaires et aux kératoses actiniques, c’est-à-dire des petits cancers de la peau. Le mécanisme d’action de cette crème n’est pas encore connu précisément. On peut dire que par cette crème, les cellules cutanées du système immunitaire sont stimulées et libèrent des signaux chimiques appelés cytokines. Ces dernières incitent le système immunitaire à s’attaquer aux cellules infectées par le HPV. La crème aide alors à détruire les verrues et même à en empêcher la croissance et le développement. L’indication pour les verrues génitales de l’adulte précise que la crème doit être appliquée 3 fois par semaine et doit rester au contact de la peau pendant 6 à 10 heures, le traitement doit être poursuivi jusqu’à disparition des verrues génitales pendant une durée maximale de 16 semaines par épisode de verrues. Par ailleurs, ce médicament soumis à prescription médicale, son prix de vente TTC est de 58,98 € avec un taux de remboursement sécurité sociale de 65%. Le reste pris en charge par la mutuelle si le patient en a une.
Le médicament est indiqué pour les usages externes et non pour les usages internes. En France aujourd’hui, au cours de traitements de condylomes et dysplasies, certains médecins prescrivent l’ALDARA® pour un usage interne, le plus souvent en précisant au patient d’espacer les applications car la crème peut être irritante. D’autres médecins dans le même cas n’en prescrivent jamais et d’autres encore sont convaincus de l’intérêt de son application, réduisant les récidives et en prescrivent sur de plus longues durées. Pour le patient ces différentes façons de faire sont déroutantes, surtout quand il est confronté à de nombreuses récidives et qu’il se sent démuni.

Un essai du Chelsea and Wesminster Hospital

Un essai évaluant l’impact de l’ALDARA® sur les cellules précancéreuses situées dans le canal anal de patients séropositifs au vih a été réalisé au Chelsea and Wesminster Hospital de Londres et publié en 2010. Les chercheurs ont recruté des hommes séropositifs présentant des lésions anales précancéreuses. Pour les personnes séropositives, les défenses immunitaires amoindries n’aident pas à la clearance, c’est-à-dire à l’élimination du virus des tissus. Alors condylomes et dysplasies sont plus fréquents. C’est sûrement à cause de cette vulnérabilité plus grande aux condylomes et dysplasies que ce sont des personnes séropositives qui ont été recrutées.

Durant la première phase de l’étude, 28 hommes ont reçu de la crème ALDARA®, tandis que 25 autres ont reçu une crème placebo. Les crèmes ont été appliquées durant 16 semaines dans les deux groupes. Au commencement de l’étude, les chercheurs ont examiné l’anus des participants par anuscopie de haute résolution et ont répété cet examen à la 20ème semaine de l’étude pour obtenir l’impact de l’ALDARA® comparé au placebo.
Durant la deuxième phase de l’étude, les chercheurs ont proposé de continuer un traitement de 16 semaines aux participants qui avaient encore des cellules précancéreuses.

Résultats première phase :
64 participants, mais seulement 53 d’entre eux ont terminé l’étude (28 sous ALDARA® et 25 sous placebo) à cause du fait qu’ils avaient une chance sur deux d’avoir le placebo.
4 sous ALDARA® ont vu leurs lésions précancéreuses disparaître et ne plus revenir pendant une période de suivi moyenne de trois ans.
Pour 8 participants sous ALDARA® les lésions précancéreuses sont devenues moins anormales, c’est-à-dire moins susceptibles d’évoluer en cancer. Ce changement s’est maintenu pendant près de trois ans de suivi. Pour une personne de ces 8 participants, l’amélioration s’est poursuivie et ses lésions anormales ont disparu intégralement.
Pour les 16 autres participants sous ALDARA®, il y a eu des lésions anales précancéreuses persistantes.
Les lésions précancéreuses ont disparu chez un homme du groupe placebo, mais elles se sont révélées persistantes chez les 24 autres.

Résultats deuxième phase :
21 participants à la deuxième phase de l’étude, dont 12 hommes de l’ancien groupe placebo et 9 du groupe ALDARA®.
Pour 5 participants sur 21, les lésions précancéreuses ont disparu.
Pour 4 autres, celles-ci sont devenues moins anormales.

En global : Il y a une absence prolongée de cellules précancéreuses chez 61 % des hommes ayant reçu de l’ALDARA®. Cependant, malgré l’usage d’ALDARA®, deux hommes avaient encore des cellules précancéreuses et ont présenté un cancer anal. Le nombre de CD4+ n’a eu aucun impact sur la réponse au traitement à l’ALDARA®.

L’essai en question a montré de résultats prometteurs quant à l’utilisation de la crème ALDARA® chez le patient séropositif présentant des dysplasies anales, et cela est certainement valable aussi pour les patients séronégatifs. Il serait intéressant que d’autres études se penchent sur cette question afin d’étendre prochainement l’indication de cette crème à un usage interne et de mettre en place une seule et même façon de prendre en charge les patients pour tous les médecins.

par La rédaction, le 31.12.2016

HPV : traitement des condylomes

Tags : HPV , IST , Papillomavirus

Préconiser l’ALDARA® même en usage interne dans le traitement des condylomes anaux au bénéfice du patient !

Quelques rappels sur le HPV, les condylomes et cancers anaux

Les condylomes sont des verrues génitales causées par l’infection à papillomavirus humain (HPV). En plus de se développer sur les organes génitaux extérieurs, les condylomes peuvent se développer sur les muqueuses internes (utérus ou anus). Ce virus peut être également à l’origine de dysplasies, des lésions des tissus qui peuvent évoluer en lésions cancéreuses dans certains cas.
Le traitement des condylomes est difficile à vivre pour le patient, surtout quand ils sont internes, car ils récidivent très souvent. Pour les verrues externes, l’application de la crème ALDARA® et des interventions à l’azote liquide sont possibles. Pour les verrues internes, l’anesthésie s’impose et les verrues sont détruites au bistouri électrique.
Cet article revient sur l’utilisation qui est faite de l’ALDARA®. Indiqué pour les verrues génitales externes, il y a un intérêt à étendre l’indication pour les verrues génitales internes.
Plus d’information sur les condylomes dans notre publication Réact’Up 16 :
L’article : HPV, condylomes, cancers anaux, vacciner les garçons pour que cela cesse
L’affiche : Bulletin trimestriel REACTUP n°16 automne 2016

L’ ALDARA®
En pharmacie, on trouve cette crème sous la forme : ALDARA 5 %, crème Boîte de 12 sachets de 250 mg à usage unique. Le principe actif est l’imiquimod. L’autorisation de mise sur le marché date de 1998 avec une indication dans les verrues génitales externes de l’adulte. En 2004 et 2007, il y a eu une extension de l’indication aux carcinomes basocellulaires et aux kératoses actiniques, c’est-à-dire des petits cancers de la peau. Le mécanisme d’action de cette crème n’est pas encore connu précisément. On peut dire que par cette crème, les cellules cutanées du système immunitaire sont stimulées et libèrent des signaux chimiques appelés cytokines. Ces dernières incitent le système immunitaire à s’attaquer aux cellules infectées par le HPV. La crème aide alors à détruire les verrues et même à en empêcher la croissance et le développement. L’indication pour les verrues génitales de l’adulte précise que la crème doit être appliquée 3 fois par semaine et doit rester au contact de la peau pendant 6 à 10 heures, le traitement doit être poursuivi jusqu’à disparition des verrues génitales pendant une durée maximale de 16 semaines par épisode de verrues. Par ailleurs, ce médicament soumis à prescription médicale, son prix de vente TTC est de 58,98 € avec un taux de remboursement sécurité sociale de 65%. Le reste pris en charge par la mutuelle si le patient en a une.
Le médicament est indiqué pour les usages externes et non pour les usages internes. En France aujourd’hui, au cours de traitements de condylomes et dysplasies, certains médecins prescrivent l’ALDARA® pour un usage interne, le plus souvent en précisant au patient d’espacer les applications car la crème peut être irritante. D’autres médecins dans le même cas n’en prescrivent jamais et d’autres encore sont convaincus de l’intérêt de son application, réduisant les récidives et en prescrivent sur de plus longues durées. Pour le patient ces différentes façons de faire sont déroutantes, surtout quand il est confronté à de nombreuses récidives et qu’il se sent démuni.

Un essai du Chelsea and Wesminster Hospital

Un essai évaluant l’impact de l’ALDARA® sur les cellules précancéreuses situées dans le canal anal de patients séropositifs au vih a été réalisé au Chelsea and Wesminster Hospital de Londres et publié en 2010. Les chercheurs ont recruté des hommes séropositifs présentant des lésions anales précancéreuses. Pour les personnes séropositives, les défenses immunitaires amoindries n’aident pas à la clearance, c’est-à-dire à l’élimination du virus des tissus. Alors condylomes et dysplasies sont plus fréquents. C’est sûrement à cause de cette vulnérabilité plus grande aux condylomes et dysplasies que ce sont des personnes séropositives qui ont été recrutées.

Durant la première phase de l’étude, 28 hommes ont reçu de la crème ALDARA®, tandis que 25 autres ont reçu une crème placebo. Les crèmes ont été appliquées durant 16 semaines dans les deux groupes. Au commencement de l’étude, les chercheurs ont examiné l’anus des participants par anuscopie de haute résolution et ont répété cet examen à la 20ème semaine de l’étude pour obtenir l’impact de l’ALDARA® comparé au placebo.
Durant la deuxième phase de l’étude, les chercheurs ont proposé de continuer un traitement de 16 semaines aux participants qui avaient encore des cellules précancéreuses.

Résultats première phase :
64 participants, mais seulement 53 d’entre eux ont terminé l’étude (28 sous ALDARA® et 25 sous placebo) à cause du fait qu’ils avaient une chance sur deux d’avoir le placebo.
4 sous ALDARA® ont vu leurs lésions précancéreuses disparaître et ne plus revenir pendant une période de suivi moyenne de trois ans.
Pour 8 participants sous ALDARA® les lésions précancéreuses sont devenues moins anormales, c’est-à-dire moins susceptibles d’évoluer en cancer. Ce changement s’est maintenu pendant près de trois ans de suivi. Pour une personne de ces 8 participants, l’amélioration s’est poursuivie et ses lésions anormales ont disparu intégralement.
Pour les 16 autres participants sous ALDARA®, il y a eu des lésions anales précancéreuses persistantes.
Les lésions précancéreuses ont disparu chez un homme du groupe placebo, mais elles se sont révélées persistantes chez les 24 autres.

Résultats deuxième phase :
21 participants à la deuxième phase de l’étude, dont 12 hommes de l’ancien groupe placebo et 9 du groupe ALDARA®.
Pour 5 participants sur 21, les lésions précancéreuses ont disparu.
Pour 4 autres, celles-ci sont devenues moins anormales.

En global : Il y a une absence prolongée de cellules précancéreuses chez 61 % des hommes ayant reçu de l’ALDARA®. Cependant, malgré l’usage d’ALDARA®, deux hommes avaient encore des cellules précancéreuses et ont présenté un cancer anal. Le nombre de CD4+ n’a eu aucun impact sur la réponse au traitement à l’ALDARA®.

L’essai en question a montré de résultats prometteurs quant à l’utilisation de la crème ALDARA® chez le patient séropositif présentant des dysplasies anales, et cela est certainement valable aussi pour les patients séronégatifs. Il serait intéressant que d’autres études se penchent sur cette question afin d’étendre prochainement l’indication de cette crème à un usage interne et de mettre en place une seule et même façon de prendre en charge les patients pour tous les médecins.

Référence : Fox PA, Nathan M, Francis N, et al. A double-blind, randomized controlled trial of the use of imiquimod cream for the treatment of anal canal high-grade anal intraepithelial neoplasia in HIV-positive MSM on HAART, with longterm follow-up data including the use of open-label imiquimod. AIDS. 2010 ; in press .



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