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Analyse d’un « risque caché » de transmission du VIH

par | 04.11.2013

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Les traitements permettent, chez la plupart des individus infectés au VIH, de diminuer la charge virale dans le sang jusqu’à le rendre indétectable, réduisant ainsi fortement les risques de transmission du virus. Pourtant, ce n’est pas si simple : chez 10% des hommes séropositifs sous traitement, en présence – même asymptomatique – d’herpèsvirus et de CMV, la charge virale peut être indétectable dans le sang mais pas dans le sperme. Ce qui ouvrirait ainsi la porte à de possibles contaminations.

Il s’agit d’une étude menée par une équipe de chercheurs américains autour de Sara Gianella de l’Université de San Diego en Californie ; cette scientifique avait déjà mené une étude qui démontrait les liens entre charge virale au VIH dans le sperme et présence de différentes souches d’herpès chez des hommes séropositifs au VIH et n’étant pas sous traitement antirétroviral. Le but de la présente étude est de vérifier si le lien entre virus de l’herpès et réplication du VIH dans le sperme reste vrai chez des hommes séropositifs au VIH et sous traitement antirétroviral.

Chez la plupart des personnes porteuses du VIH, les traitements anti rétroviraux permettent de faire descendre la charge virale en dessous du seuil de détection (c’est-à-dire en dessous de 50 copies/ml), ce qui réduit de façon considérable les risques de transmission du virus. Ainsi, de récentes études ont montré que pour les rapports vaginaux comme pour les rapports anaux, en cas de charge virale indétectable, on pouvait observer une réduction de 90% des risques de transmission [1]. Néanmoins, on a également pu observer, au cours de ces études, que, chez certains patients, la charge virale présente dans le sperme pouvait être fluctuante et ce malgré la prise d’anti rétroviraux et une charge virale indétectable dans le sang. Qui dit présence détectable et réplication du VIH dans le sperme dit contamination possible. Ainsi des cas de contamination ont pu être observés malgré une charge virale indétectable dans le plasma sanguin. 
L’équipe qui a mené cette étude a posé deux hypothèses : une faible pénétration des traitements au niveau de l’appareil génital / la présence d’autres IST stimulant la réplication du VIH et occasionnant des inflammations qui accroissent les risques de transmission.

Modalités de l’étude

  • L’équipe a prélevé 114 sujets participant dans la cohorte CCTG 592 : le California Collaborative Treatment Group regroupe 180 HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) tous séropositifs au VIH et ayant une sexualité à haut risque de contamination aux IST.
  • L’âge moyen des 114 sujets sélectionnés est de 44 ans. 
  • Tous sont sous traitement antirétroviral depuis, en moyenne, deux ans et demie.
  • Tous ont une charge virale au VIH inférieure à 500 copies/ml de sang dans les trois mois précédant l’étude. 88% d’entre eux ont une charge virale inférieure à 50 copies/ml de sang, charge considérée comme indétectable.
  • 87% d’entre eux observent rigoureusement leur traitement, puisqu’ils déclarent avoir pris 90% des doses prescrites dans le mois précédant l’étude.
  • Chaque sujet a été testé pour les IST suivantes : gonorrhée, chlamydia, trichonomase, mycoplasma, syphilis.
  • 35% d’entre rapportent une consommation excessive de substances psychotropes : marijuana, cocaïne, amphétamines, « club drugs » (MDMA, ecstasy, GHB), opiacés. 13,6 d’entre eux rapportent une consommation de méthamphétamine (crystal meth).

Bilan biologique concernant les IST, le cytomégalovirus le virus de l’herpès

  • Chez 10% des sujets on a pu détecter une présence du VIH dans le sperme avec réplication : 35% pour les sujets avec une charge virale faible (entre 50 et 500 copies/ml de sang) et 6% pour les sujets avec une charge virale indétectable dans le sang (en dessous de 50 copies/ml de sang).
  • Chez 63% des sujets on a pu détecter la présence d’au moins une souche d’herpès dans le sperme.
  • Chez 49% des participants on a pu détecter la présence du cytomégalovirus dans le sperme.
  • Chez 15% des individus on a pu détecter la présence asymptomatique d’au moins une IST : syphilis, IST affectant l’urètre, le rectum ou la gorge.

Liens entre les IST et la présence du VIH dans le sperme

  • La forte présence d’un cytomégalovirus semble influencer de façon notable la réplication du VIH dans le sperme : 64% des sujets qui ont une charge virale détectable dans le sperme avec réplication sont aussi porteurs d’un cythomégalovirus.
  • Même chose pour l’herpes : 73% des sujets présentant une charge virale au VIH dans le sperme avec réplication du virus sont aussi porteurs d’une souche d’herpès.
  • Étonnamment, la présence d’autres IST ne semble pas augmenter de façon notable la présence du VIH dans le sperme. 
Aucun lien n’a pu être établi entre la réplication du VIH dans le sperme et la souche de virus, le type de traitement antirétroviral, la durée du traitement ou encore l’observance du traitement. 
L’équipe en conclue donc que la présence d’un cytomégalovirus ou d’une souche de l’herpès semble augmenter de façon notable les risques de présence et de réplication du VIH dans le sperme chez des patients sous traitements antirétroviraux efficaces et ce que la charge virale dans le sang soit indétectable ou faible. Qui dit présence et réplication du VIH dans le sperme dit contamination possible.
Notes de l'article :

[1] Cependant, les risques de transmission par voie anale restent 8 fois plus élevés que par voie vaginale (NDLR)
commentaire redaction full
Depuis l’avis suisse en 2007 (souvent appelé avis Hirschel), il semble de plus en plus répandu dans la communauté gay qu’à charge virale indétectable, un séropositif n’est plus contaminant : les risques sont diminués mais pas annulés et comme en témoigne cette étude toute tentative de maîtriser les différents paramètres biologiques du risque très faible semble assez vaine. En effet, même chez un sujet avec une charge virale indétectable dans le sang et dans le sperme, la présence d’un cytomégalovirus (le plus souvent asymptomatique et donc difficile à détecter) ou d’un herpès (même asymptomatique) soumet la charge virale à des fluctuations certaines dans le sperme puisqu’elle semble en activer la réplication. Qui dit réplication et donc activité du VIH dans le sperme dit risque de contamination accru.

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Il convient donc à nouveau de souligner les limites de l’avis suisse de 2007 qui, parce qu’il était rassurant et à certains égards à juste titre (plus la charge virale est faible et moins les risques de transmission sont élevés), il semble avoir eu un impact démesuré dans la communauté gay et sur les usages prophylactiques : tout d’abord, il concernait les rapports vaginaux, or les rapports annaux sont 8 fois plus contaminants. Ensuite il précisait bien en l’absence de toute IST, or comme le confirme la présente étude, peu de gays ayant une activité sexuelle multipartenariale et étant porteurs du VIH sont à l’abri d’être porteurs d’autres IST.