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La charge virale est plus élevée dans les muqueuses rectales, même sous thérapie antirétrovirale.

Aujourd’hui, la majorité des infections à VIH dans le monde est acquise par voie sexuelle. Il est connu que les sécrétions génitales et rectales contiennent des particules virales et jouent un rôle important dans la transmission de l’infection. D’ailleurs, des études scientifiques ont suggéré que plus la charge virale est élevée dans le liquide séminal, plus le risque de transmission est accru. Cependant, il est difficile de déterminer dans quelles mesures les charges virales du sperme, des sécrétions du col de l’utérus ou du rectum sont contaminantes.

Questionnement scientifique et hypothèses avancées :

Il est connu que si la charge virale est indétectable dans le sang, elle ne l’est pas pour autant dans le sperme. Mais qu’en est-il dans les sécrétions de la muqueuse rectale ?

Des études précédentes ont montré que la charge virale dans ces sécrétions est souvent retrouvée à des niveaux élevés, même chez les hommes sous traitement antirétroviral. L’étude prospective présentée ici a été réalisée dans le but de déterminer quelle est l’importance de la charge virale des muqueuses rectales, par rapport à la charge virale du sang et du sperme.

Méthodologie :

Un groupe de chercheurs et de médecins a comparé, pour un même individu, les niveaux d’ARN viraux contenus dans les sécrétions rectales, le plasma séminal et le sang. Ici, l’étude porte sur une population hétérogène d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, dont certains étaient sous traitement (différentes durées) avec 35% d’entre eux qui présentaient une charge virale indétectable lors de la visite médicale de recrutement. Au total, c’est un groupe de 64 hommes séropositifs ayant des rapports sexuels avec des hommes qui ont participé à cette étude. Chacun a été suivi médicalement pendant plus de 4 semaines (2 à 3 visites) et à chaque rendez-vous, des échantillons ont été prélevés pour quantifier les différentes charges virales.
Dans cette étude, les thérapies antirétrovirales des participants variaient considérablement : tous les hommes recevaient au moins 1 inhibiteur nucléosidique de transcriptase-inverse, 80% recevaient un inhibiteur de protéase, et 36% recevaient un 1 inhibiteur non-nucléosidique de transcriptase-inverse. Les résultats obtenus ici indiquent que la thérapie antirétrovirale est corrélée avec une diminution des niveaux d’ARN viraux dans le liquide séminal, ce qui est cohérent avec les rapports précédents.

Avoir dans ce groupe des hommes ou non sous traitement à permi d’étudier l’effet des traitements sur les taux de virus retrouvés dans le sang, le sperme et les sécrétions des muqueuses rectales. Sur les 27 participants qui étaient sous thérapie antirétrovirale lors de leur inclusion dans le groupe d’étude, 35% d’entre eux avaient une charge virale détectable dans le sang, 37% avaient une charge virale détectable dans leurs sécrétions rectales et 55% avaient une charge virale détectable dans le sperme.
En comparaison, les hommes qui ne recevaient pas de traitement avaient des taux de détection plus forts dans le sang (100%), dans les sécrétions rectales (95%) et dans le liquide séminal (78%). Ce qui indique que les traitements permettent de diminuer les taux de virus dans le sang, le sperme et les sécrétions rectales. Par ailleurs, certains participants ont eu des charges virales détectables intermittentes dans leurs sécrétions rectales (2 participants sous thérapie, 6 sans traitement) et dans le liquide séminal (7 participants sous thérapie, 4 sans traitement). Ce qui semble indiquer que les taux de virus varient et ne sont pas stables au cours de temps.

Résultats :

Cette étude est la première grande étude prospective qui compare les niveaux de virus dans le rectum, entre des hommes qui sont ou non sous traitement et qui montre une diminution variable de ces taux chez les hommes sous thérapie antirétrovirale.

Afin de déterminer, de manière statistique, quel est l’effet de la thérapie antirétrovirale, les scientifiques ont utilisé deux modèles en incluant ou non, la charge virale sanguine. Les résultats ont montré que, de manière générale, la thérapie antirétrovirale est associée à une diminution significative des niveaux de virus dans le sang, le liquide séminal et les sécrétions rectales. Cependant, lorsqu’on inclut la charge virale plasmatique sanguine dans le modèle statistique, on n’observe plus de diminution significative des niveaux d’ARN viraux dans les sécrétions rectales. Ceci suggère que l’effet des antirétroviraux sur la charge virale rectale se fait via son effet sur la charge virale sanguine.

Ainsi, dépendamment d’un effet sur la charge virale sanguine, la thérapie antirétrovirale a un effet sur la charge virale séminale, mais n’en a presque plus sur la charge virale des sécrétions de la muqueuse rectale. Ceci pourrait être dû à des concentrations différentes d’antirétroviraux ou à des différences anatomiques et immunologiques des voies génitales par rapport à la muqueuse rectale.

Discution des résultats :

Grâce à cette étude, ce groupe de scientifiques a pu démontrer que les niveaux d’ARN viraux sont plus élevés dans les sécrétions rectales que dans le plasma sanguin ou le plasma séminal, et ce, que ces hommes soient sous thérapie antirétrovirale ou non.

Jusqu’alors, des études ont montré que la charge virale dans les sécrétions rectales est souvent retrouvée à des niveaux élevés, même chez les hommes sous traitement antirétroviral. Cependant, la plupart des études réalisées à ce jour ont été faites à partir de biopsies (prélèvement d’un échantillon de tissu) dans lesquels on détectait souvent beaucoup de virus , même chez des personnes présentant des charges virales plasmatiques indétectables. Il s’est posé la question de savoir si ces échantillons étaient représentatifs des quantités de particules virales contenues dans les sécrétions des muqueuses rénales auxquelles sont exposés les partenaires sexuels actifs.
Dans l’étude que nous vous présentons ici, les scientifiques ont choisi d’utiliser des Sno-strips (sorte de coton-tiges utilisés pour les frottis vaginaux) pour effectuer les prélèvements de la muqueuse rectale. Par cette méthode, ils ont détecté des niveaux d’ARN viraux à des taux similaires à ceux retrouvés dans les biopsies et des taux plus élevés que dans une étude où des tampons anaux avaient été utilisés pour effectuer les prélèvements.
Ces données sont très importantes, car elles montrent que les charges virales retrouvées dépendent du mode de prélèvement des échantillons. Ainsi, alors qu’on pensait que la charge virale des sécrétions rectales pouvait être surestimée lorsqu’on étudiait des biopsies, cette étude montre qu’au final, les sécrétions des muqueuses rectales contiennent de forts taux de virus.

Cette étude a aussi mis en évidence qu’il existe une grande variabilité des niveaux de VIH dans les sécrétions rectales et le plasma séminal chez une même personne, ce qui suggère que des mesures plus fréquentes soient nécessaires pour élucider les modes d’excrétion rectale et séminale du VIH. Cependant, malgré ces variabilités intra-personnelles, des différences importantes dans les niveaux d’ARN viraux ont été détectées entre les sites anatomiques étudiés et sont différemment affectés par les thérapies antirétrovirales.

Ainsi, il semblerait que des niveaux plus élevés de virus dans les sécrétions rectales et dans le liquide séminal augmentent le risque de transmission du VIH, bien que les seuils de charge virale de transmission n’aient pas encore été démontrés. Cependant, on ne connaît encore que peu de choses sur les facteurs qui influencent les niveaux de virus dans les sécrétions des muqueuses. Toutefois, il semblerait que certains facteurs comme les co-infections (virales ou bactériennes), et les facteurs comportementaux pourraient influencer les taux d’ARN viraux dans ces sécrétions et nécessitent des études plus approfondies.

par Charline, le 20.05.2010

La charge virale est plus élevée dans les muqueuses rectales, même sous thérapie antirétrovirale.

Tags : Charge virale , Rectum

Il est admis que si la charge virale est indétectable dans le sang, elle ne l’est pas pour autant dans le sperme. En effet, le risque de transmission du VIH est probablement augmenté par des niveaux élevés de virus dans le sperme, mais aussi dans les sécrétions de la muqueuse rectale. Qu’en est-il réellement ?

Un groupe de chercheurs a voulu savoir quelle était l’importance de la charge virale des muqueuses rectales, par rapport à la charge virale du sang et du sperme. Pour cela ils ont suivi un groupe de 64 hommes séropositifs, ayant des rapports sexuels avec des hommes. Les visites médicales se sont étalées sur plus de 4 semaines (2 à 3 visites), afin d’évaluer leurs charges virales plasmatiques rectales, séminales et sanguines.

Par ailleurs, dans ce groupe, 27 de ces hommes étaient sous thérapie antirétrovirale, ce qui a permis aux chercheurs de voir quel est l’effet des thérapies sur le taux de virus retrouvé dans les sécrétions des muqueuses rectales.

Jusqu’alors, la thérapie antirétrovirale a été associée avec une diminution de la charge virale rectale et plasmatique. Cependant, les modèles d’étude précédents ne prenaient pas en compte les mêmes paramètres et c’est la première fois qu’une étude prospective compare à la fois la charge virale sanguine, séminale et rectale d’une même personne.

Nous vous présentons ici, une nouvelle étude qui montre que les niveaux d’ARN viraux dans les sécrétions rectales sont plus forts que dans le plasma sanguin ou séminal, chez des hommes séropositifs qui ont des rapports sexuels avec des hommes et ce, que ces hommes soient sous thérapie antirétrovirale ou non.

Aujourd’hui, la majorité des infections à VIH dans le monde est acquise par voie sexuelle. Il est connu que les sécrétions génitales et rectales contiennent des particules virales et jouent un rôle important dans la transmission de l’infection. D’ailleurs, des études scientifiques ont suggéré que plus la charge virale est élevée dans le liquide séminal, plus le risque de transmission est accru. Cependant, il est difficile de déterminer dans quelles mesures les charges virales du sperme, des sécrétions du col de l’utérus ou du rectum sont contaminantes.

Questionnement scientifique et hypothèses avancées :

Il est connu que si la charge virale est indétectable dans le sang, elle ne l’est pas pour autant dans le sperme. Mais qu’en est-il dans les sécrétions de la muqueuse rectale ?

Des études précédentes ont montré que la charge virale dans ces sécrétions est souvent retrouvée à des niveaux élevés, même chez les hommes sous traitement antirétroviral. L’étude prospective présentée ici a été réalisée dans le but de déterminer quelle est l’importance de la charge virale des muqueuses rectales, par rapport à la charge virale du sang et du sperme.

Méthodologie :

Un groupe de chercheurs et de médecins a comparé, pour un même individu, les niveaux d’ARN viraux contenus dans les sécrétions rectales, le plasma séminal et le sang. Ici, l’étude porte sur une population hétérogène d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, dont certains étaient sous traitement (différentes durées) avec 35% d’entre eux qui présentaient une charge virale indétectable lors de la visite médicale de recrutement. Au total, c’est un groupe de 64 hommes séropositifs ayant des rapports sexuels avec des hommes qui ont participé à cette étude. Chacun a été suivi médicalement pendant plus de 4 semaines (2 à 3 visites) et à chaque rendez-vous, des échantillons ont été prélevés pour quantifier les différentes charges virales.
Dans cette étude, les thérapies antirétrovirales des participants variaient considérablement : tous les hommes recevaient au moins 1 inhibiteur nucléosidique de transcriptase-inverse, 80% recevaient un inhibiteur de protéase, et 36% recevaient un 1 inhibiteur non-nucléosidique de transcriptase-inverse. Les résultats obtenus ici indiquent que la thérapie antirétrovirale est corrélée avec une diminution des niveaux d’ARN viraux dans le liquide séminal, ce qui est cohérent avec les rapports précédents.

Avoir dans ce groupe des hommes ou non sous traitement à permi d’étudier l’effet des traitements sur les taux de virus retrouvés dans le sang, le sperme et les sécrétions des muqueuses rectales. Sur les 27 participants qui étaient sous thérapie antirétrovirale lors de leur inclusion dans le groupe d’étude, 35% d’entre eux avaient une charge virale détectable dans le sang, 37% avaient une charge virale détectable dans leurs sécrétions rectales et 55% avaient une charge virale détectable dans le sperme.
En comparaison, les hommes qui ne recevaient pas de traitement avaient des taux de détection plus forts dans le sang (100%), dans les sécrétions rectales (95%) et dans le liquide séminal (78%). Ce qui indique que les traitements permettent de diminuer les taux de virus dans le sang, le sperme et les sécrétions rectales. Par ailleurs, certains participants ont eu des charges virales détectables intermittentes dans leurs sécrétions rectales (2 participants sous thérapie, 6 sans traitement) et dans le liquide séminal (7 participants sous thérapie, 4 sans traitement). Ce qui semble indiquer que les taux de virus varient et ne sont pas stables au cours de temps.

Résultats :

Cette étude est la première grande étude prospective qui compare les niveaux de virus dans le rectum, entre des hommes qui sont ou non sous traitement et qui montre une diminution variable de ces taux chez les hommes sous thérapie antirétrovirale.

Afin de déterminer, de manière statistique, quel est l’effet de la thérapie antirétrovirale, les scientifiques ont utilisé deux modèles en incluant ou non, la charge virale sanguine. Les résultats ont montré que, de manière générale, la thérapie antirétrovirale est associée à une diminution significative des niveaux de virus dans le sang, le liquide séminal et les sécrétions rectales. Cependant, lorsqu’on inclut la charge virale plasmatique sanguine dans le modèle statistique, on n’observe plus de diminution significative des niveaux d’ARN viraux dans les sécrétions rectales. Ceci suggère que l’effet des antirétroviraux sur la charge virale rectale se fait via son effet sur la charge virale sanguine.

Ainsi, dépendamment d’un effet sur la charge virale sanguine, la thérapie antirétrovirale a un effet sur la charge virale séminale, mais n’en a presque plus sur la charge virale des sécrétions de la muqueuse rectale. Ceci pourrait être dû à des concentrations différentes d’antirétroviraux ou à des différences anatomiques et immunologiques des voies génitales par rapport à la muqueuse rectale.

Discution des résultats :

Grâce à cette étude, ce groupe de scientifiques a pu démontrer que les niveaux d’ARN viraux sont plus élevés dans les sécrétions rectales que dans le plasma sanguin ou le plasma séminal, et ce, que ces hommes soient sous thérapie antirétrovirale ou non.

Jusqu’alors, des études ont montré que la charge virale dans les sécrétions rectales est souvent retrouvée à des niveaux élevés, même chez les hommes sous traitement antirétroviral. Cependant, la plupart des études réalisées à ce jour ont été faites à partir de biopsies (prélèvement d’un échantillon de tissu) dans lesquels on détectait souvent beaucoup de virus , même chez des personnes présentant des charges virales plasmatiques indétectables. Il s’est posé la question de savoir si ces échantillons étaient représentatifs des quantités de particules virales contenues dans les sécrétions des muqueuses rénales auxquelles sont exposés les partenaires sexuels actifs.
Dans l’étude que nous vous présentons ici, les scientifiques ont choisi d’utiliser des Sno-strips (sorte de coton-tiges utilisés pour les frottis vaginaux) pour effectuer les prélèvements de la muqueuse rectale. Par cette méthode, ils ont détecté des niveaux d’ARN viraux à des taux similaires à ceux retrouvés dans les biopsies et des taux plus élevés que dans une étude où des tampons anaux avaient été utilisés pour effectuer les prélèvements.
Ces données sont très importantes, car elles montrent que les charges virales retrouvées dépendent du mode de prélèvement des échantillons. Ainsi, alors qu’on pensait que la charge virale des sécrétions rectales pouvait être surestimée lorsqu’on étudiait des biopsies, cette étude montre qu’au final, les sécrétions des muqueuses rectales contiennent de forts taux de virus.

Cette étude a aussi mis en évidence qu’il existe une grande variabilité des niveaux de VIH dans les sécrétions rectales et le plasma séminal chez une même personne, ce qui suggère que des mesures plus fréquentes soient nécessaires pour élucider les modes d’excrétion rectale et séminale du VIH. Cependant, malgré ces variabilités intra-personnelles, des différences importantes dans les niveaux d’ARN viraux ont été détectées entre les sites anatomiques étudiés et sont différemment affectés par les thérapies antirétrovirales.

Ainsi, il semblerait que des niveaux plus élevés de virus dans les sécrétions rectales et dans le liquide séminal augmentent le risque de transmission du VIH, bien que les seuils de charge virale de transmission n’aient pas encore été démontrés. Cependant, on ne connaît encore que peu de choses sur les facteurs qui influencent les niveaux de virus dans les sécrétions des muqueuses. Toutefois, il semblerait que certains facteurs comme les co-infections (virales ou bactériennes), et les facteurs comportementaux pourraient influencer les taux d’ARN viraux dans ces sécrétions et nécessitent des études plus approfondies.



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