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Préventionle 31.01.2017

La PrEP au Royaume Uni : des effets constatés sur le terrain

Tags : Epidémiologie , Europe , PrEP , Royaume Uni

Le principal centre de santé sexuelle de Londres, sis au 56 Dean Street à Soho, a enregistré en 2016 une baisse sans précédent de 40% des nouveaux diagnostics d’infection à VIH.

Cette annonce faite par l’höpital Chelsea and Westminster qui gère ce centre a provoqué une enquète du site Aidsmap pour comprendre un peu mieux les déterminants de cette réduction impressionnante. Entre PrEP et traitement immédiat, la version anglaise de la prévention biomédicale

Le communiqué de presse du "Chelsea and Westminster Hospital" est clair : de janvier à novembre 2016 le centre de Dean Street a diagnostiqué 373 nouvelles infections au VIH alors que dans la même période de 2015 il y en avait eu 626, représentant une baisse de 40,4% Le lendemain de cette annonce, un autre centre annonçait une réduction encore plus importante. D’autres centres font remonter des données similaires.

Cette réduction est confirmée par le fait que le centre a réalisé à peu près le même nombre de dépistages (entre 6250 et 7500 par mois) et ne semble pas pouvoir être attribué à un changement de comportement ou de clientèle. La Dr. Sheena McCormack, investigatrice principale de l’essai de PrEP britanique PROUD et médecin à Dean Street a confié à Aidsmap : « la baisse est très significative. L’an dernier (2015) nous avions entre 40 et 60 diagnostics par mois tandis que cette année (2016) on était plutôt autour de 25 à 40. On s’est demandé si la publicité autour de la PrEP avait attiré une population à moindre risque plus importante. Mais si ça avait été le cas on aurait aussi dû avoir moins d’autres infections sexuellement transmissibles, or elles n’ont pas baissé ». De fait il y a eu plus de 1000 cas de syphilis en 2015 et la même quantité en 2016 selon le responsable de la clinique, le Dr Alan McOwan.

Alors qu’est ce qui a changé ? Selon les praticiens du centre, l’explication est à trouver autant dans le développement de la PrEP que dans l’instauration du traitement immédiat dès le diagnostic de séropositivité instauré en 2012.

La clinique a aussi instauré en juillet 2015 ce que Alan McOwan qualifie de modèle de San Francisco : l’instauration du traitement antirétroviral dès le diagnostic, faisant que 75% des séropositifs au VIH partent avec leur traitement dès le premier rendez-vous. Cependant il relativise la responsabilité de cette mesure dans la baisse en raison du peu de recul. Selon Sheena McCormack, la moitié des gays diagnostiqués sont en infection récente et n’ont donc pas eu beaucoup de temps pour transmettre le virus. Mais pour autant la baisse n’a pas été observée plus tôt, laissant entrevoir que le développement de l’usage de la PrEP a aussi son effet.

LA PrEP n’est pas prise en charge au Royaume Uni. Cependant elle est possible grâce à des initiatives comme le site web iwantprepnow.co.uk qui organise la vente en ligne de génériques abordables et dispense les conseils aux demandeurs. A la suite d’un accord passé avec la clinique de Soho qui offre aux usagers le suivi nécessaire, le site lui a adressé son premier usager le 19 octobre 2015. Et depuis, selon Sheena McCormac, ce sont 100 acheteurs de PrEP qui ont franchi la porte de la clinique en février 2016 puis 400 en juin. La clinique suit ainsi régulièrement 500 PrEPeurs en plus de 75 participants de l’étude PROUD sur les 350 qui y sont toujours.

Alan McOwan considère que « le plus important est que le message et l’usage de la PrEP atteigne les bonnes personnes. On a réalisé des video sur YouTube et sur les écrans de la clinique où des référents en santé parlent de la PrEP. Aujourd’hui la clinique a atteint un niveau de saturation. Si le noyau de gays constitué par ceux qui ont de nombreux partenaires, qui avant représentaient dans notre centre le groupe transmettant l’infection, si ceux-là ne peuvent plus être infectés, ils ne transmettent plus le virus à d’autres ».

Selon Greg Owen, le responsable de Iwantprepnow, le site a 10 000 visiteurs uniques par mois. Il a permis de 500 à 600 consultations personnelles qui ont été adressés à Dean Street ou à une autre clinique londonienne et il considère « au doigt mouillé » qu’il y a environ 1800 à 2000 acheteurs de PrEP online au Royaume Uni.

Ce sont les rebondissements dans les décisions publiques qui ont assuré la popularité de la PrEP. Le site a connu un record de consultations en août dernier le jour où la Cour suprême a jugé le NHS (le système de santé britannique) responsable du financement de la PrEP après un recours des activistes anglais.

Mais l’enjeu, c’est de voir si ces résultats influenceront l’étude d’implémentation de la PrEP en Angleterre, un projet qui prévoit d’inclure 10 000 personnes dans les trois ans. Selon Sheena McCormac, « On peut comprendre de ces observations que le ciblage de la PrEP vers ceux qui sont les plus susceptibles de contracter et de transmettre le VIH pourraient avoir un effet encore plus impressionnant que les modèles mathématiques nous le prédisent, ce que pensent déjà certains d’entre nous. Cela implique que l’étude d’implémentation pourrait avoir un plus grand effet qu’escompté, posant clairement la question de savoir s’il est utile de poursuivre la recherche pendant encore 3 ans plutôt que de passer immédiatement à une dispensation généralisée de la PrEP ».

Des questions qui, pour la chercheuse britannique, dépendent surtout des décisions politico-économiques.

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