IST et hépatites /

L’épidémie d’hépatite C s’étend chez les gays séropositifs

L’hépatite C est principalement une maladie qui se transmet par le sang (usage de drogue injectable, soins médicaux invasifs ou tatouage). La transmission sexuelle de l’hépatite C a rarement été mise en évidence dans les couples hétérosexuels et l’infection est surtout fréquente parmi les usagers de drogue injectable notamment. Depuis 2000, de nombreux cas d’infection récente par le virus de l’hépatite C (VHC) ont été diagnostiqués parmi des hommes homosexuels séropositifs au VIH et pour lesquels on pouvait écarter une transmission par le sang. Des analyses phylogénétiques du virus ont permis de mettre en évidence la présence d’un réseau de transmission spécifiquement homosexuel. On a également cherché à identifier les facteurs de risque de transmission sexuels dans des études comportementales. Ces études ont mis en évidence une transmission sexuelle intervenant lors de pénétrations anales non protégées souvent traumatiques pour la muqueuse anale (comme le sexe en groupe, ou le fist, etc.). D’autres recherches sont encore nécessaires afin de déterminer plus précisément les modes de transmission sexuelle l’hépatite C.

Un article publié par une équipe hollandaise cet été examine la prévalence (le nombre de personnes infectées dans une population) et les déterminants de l’infection par le virus de l’hépatite C parmi les hommes homosexuels fréquentant un centre de soin des IST à Amsterdam entre mai 2007 et avril 2008. La recherche a été menée dans le cadre d’une enquête anonyme réalisée de manière biannuelle depuis plusieurs années dans ce centre de soin. Elle porte sur les 689 homosexuels ayant participé à cette enquête. Chacun des participants recevait un dépistage anonyme du VIH, du VHC et d’autres IST, puis était invité à remplir un questionnaire anonyme et à répondre à un entretien sur les facteurs de risque. Lorsque les personnes étaient infectées par le virus de l’hépatite C, une étude génétique du virus permettait de le comparer avec d’autres souches virales dépistées par ailleurs (étude phylogénétique).

La moyenne d’âge des participants était de 37 ans et ¾ d’entre eux étaient Néerlandais. Près de 60% des personnes rapportaient avoir utilisé des drogues récréatives, mais seulement 2,2% avaient déjà utilisé des drogues injectables au cours de leur vie. 30 des 689 participants étaient séropositifs au VHC et parmi les 24 personnes chez qui la quantité de virus de l’hépatite C était détectable, 7 avaient une infection récente. Plus du tiers des personnes infectées par le virus de l’hépatite C n’étaient pas au courant de leur infection. Seulement deux séronégatifs étaient infectés par l’hépatite C tandis que parmi les 157 personnes séropositifs au VIH participants à l’étude (22,8% du total), 28 étaient coinfectés par le virus de l’hépatite C et le virus du sida.

L’étude suggère que le nombre de personnes infectées par le virus de l’hépatite C (la prévalence) a augmenté dans le temps parmi les personnes séropositives au VIH mais cette augmentation n’est pas statistiquement significative (ce qui signifie que l’on ne peut pas l’affirmer avec certitude). En mai 2007, 7 des 48 séropositifs soit 14,6% étaient porteurs de l’hépatite C, en novembre, 7 sur 42 soit 16,7%, et en mai 2008, 14 sur 67 soit 20,9% des séropositifs étaient également infectées par le virus de l’hépatite C. De même, la proportion d’infection récente augmentait de manière non significative pendant la même période.

Le fait d’être porteur du virus de l’hépatite C était associé au fait d’être séropositif, à un historique d’usage de drogue par voie intraveineuse, au fait d’avoir pratiqué le fist récemment et à l’usage du GHB. Le fist était fortement corrélé à l’usage de sexs toys et au sexe en groupe ainsi qu’à des saignements lors de rapports sexuels ce qui ne permettait pas d’affiner les facteurs de risques.

L’analyse génétique des virus identifiés et leur comparaison avec d’autres virus déjà identifiés dans des cas de transmission sexuelle du VHC faisait apparaître une transmission spécifiquement homosexuelle. 88% des virus isolés dans l’étude étaient inclus dans quatre groupes de transmission distincts (clusters) comportant de 10 à 23 personnes.

Conclusion

Cette étude met en évidence une forte prévalence de l’hépatite C parmi les homosexuels fréquentant un centre de traitement des IST et son augmentation. Même si cette augmentation n’est pas statistiquement significative, les auteurs soulignent que cette tendance et la proportion relativement importante d’infections récentes suggèrent une diffusion rapide et nouvelle du VHC parmi les homosexuels séropositifs. Cette augmentation est d’autant plus notable que la prévalence estimée parmi les homosexuels séropositifs avant 2000 était plutôt basse (1 à 4%). L’usage de drogue récréative et les pratiques sexuelles « hard » associés à l’infection par le VHC indique une transmission liée aux prises de risques sexuels. Cette hypothèse est confirmée par l’analyse phylogénétique. Le fait que différents génotypes circulent parallèlement indique par ailleurs que l’émergence de la transmission sexuelle du VHC est plutôt liée à une modification des comportements à risque qu’à l’évolution de la virulence du virus.

La plupart des cas étaient identifiés chez des séropositifs au VIH. Être co-infecté pourrait faciliter la transmission de l’hépatite C en augmentant la charge virale du virus de l’hépatite C dans le sang et dans le sperme. Mais le fait d’être séropositif au VIH pourrait également augmenter la susceptibilité d’être infecté par le virus de l’hépatite C. Le fait que des séropositifs aient tendance à avoir plus de rapports non protégés avec d’autres séropositifs (sérotriage ou séroadaptation) alimenterait quant à lui cette transmission. Les auteurs relèvent que les séropositifs rapportent plus de comportements à risque que les séronégatifs. Les pratiques comme le fist, le sexe en groupe et le partage de gods faciliteraient les contacts sang à sang en endommageant la barrière des muqueuses rectales. Le fait qu’un certain nombre de séronégatifs aient des pratiques à risque fréquentes avec des séropositifs permet d’envisager un passage de l’infection par le VHC chez des séronégatifs. D’ailleurs, des cas de transmission non liées à l’usage de drogue ont déjà été rapportés chez des homosexuels séronégatifs.

Compte tenu du fait qu’un tiers des personnes infectées par le virus de l’hépatite C n’étaient pas au courant de leur statut et que la majorité d’entre elles avaient une infection récente, les auteurs suggèrent que les médecins testent en routine les anticorps et la charge virale VHC chez les séropositifs. En effet, un traitement pendant la phase initiale de l’infection par l’hépatite C offre le maximum de chances de réussite.

Les auteurs concluent que pour minimiser l’extension de la transmission de l’hépatite C parmi les homosexuels séropositifs et éviter son passage parmi les séronégatifs, des messages de prévention ciblés sont nécessaires ainsi que la généralisation du dépistage de l’hépatite C chez les personnes vivant avec le virus du sida.

Voir aussi le dossier Hépatite C

par emchateau, le 20.05.2010

L’épidémie d’hépatite C s’étend chez les gays séropositifs

Tags : Hépatite C

De nombreux cas de transmission sexuelle du virus de l’hépatite C ont été rapportés ces dernières années chez des séropositifs homosexuels. Une étude hollandaise apporte des informations supplémentaires sur l’ampleur de cette nouvelle épidémie chez les gays.

On a longtemps considéré que le virus de l’hépatite C (VHC) se transmettait principalement par voie sanguine (transfusion ou injection de drogue notamment). L’identification de nombreux cas d’infections récentes par le virus de l’hépatite C chez des séropositifs homosexuels ces dernières années ont permis de mettre en évidence une transmission sexuelle du virus.

Jusqu’à présent on connaît relativement mal l’ampleur de cette l’épidémie. Cette étude tente d’évaluer l’évolution de la prévalence de l’hépatite C parmi des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui ont fréquenté un centre de soin des IST à Amsterdam de 2007 à 2008.

Parmi les personnes ayant participé à l’étude, 17,8% des séropositifs étaient infectés par le virus de l’hépatite C (VHC), soit 28 personnes sur 157. Cette proportion a augmenté au cours de l’étude en passant de 14,6% à 20,9% de 2007 à 2008. Parmi les 28 personnes diagnostiquées avec une hépatite C, un quart avaient été infectées récemment alors que seulement 17,9% rapportaient avoir déjà utilisé des drogues par voie injectable au cours de leur vie.

L’importance du nombre de personnes infectées par le virus de l’hépatite C et son augmentation parmi les homosexuels séropositifs incitent les auteurs à alerter sur l’extension des cas de transmission sexuelle d’hépatite C. Ils suggèrent de rapidement mettre en œuvre des mesures de prévention ciblées et un renforcement du dépistage.

L’hépatite C est principalement une maladie qui se transmet par le sang (usage de drogue injectable, soins médicaux invasifs ou tatouage). La transmission sexuelle de l’hépatite C a rarement été mise en évidence dans les couples hétérosexuels et l’infection est surtout fréquente parmi les usagers de drogue injectable notamment. Depuis 2000, de nombreux cas d’infection récente par le virus de l’hépatite C (VHC) ont été diagnostiqués parmi des hommes homosexuels séropositifs au VIH et pour lesquels on pouvait écarter une transmission par le sang. Des analyses phylogénétiques du virus ont permis de mettre en évidence la présence d’un réseau de transmission spécifiquement homosexuel. On a également cherché à identifier les facteurs de risque de transmission sexuels dans des études comportementales. Ces études ont mis en évidence une transmission sexuelle intervenant lors de pénétrations anales non protégées souvent traumatiques pour la muqueuse anale (comme le sexe en groupe, ou le fist, etc.). D’autres recherches sont encore nécessaires afin de déterminer plus précisément les modes de transmission sexuelle l’hépatite C.

Un article publié par une équipe hollandaise cet été examine la prévalence (le nombre de personnes infectées dans une population) et les déterminants de l’infection par le virus de l’hépatite C parmi les hommes homosexuels fréquentant un centre de soin des IST à Amsterdam entre mai 2007 et avril 2008. La recherche a été menée dans le cadre d’une enquête anonyme réalisée de manière biannuelle depuis plusieurs années dans ce centre de soin. Elle porte sur les 689 homosexuels ayant participé à cette enquête. Chacun des participants recevait un dépistage anonyme du VIH, du VHC et d’autres IST, puis était invité à remplir un questionnaire anonyme et à répondre à un entretien sur les facteurs de risque. Lorsque les personnes étaient infectées par le virus de l’hépatite C, une étude génétique du virus permettait de le comparer avec d’autres souches virales dépistées par ailleurs (étude phylogénétique).

La moyenne d’âge des participants était de 37 ans et ¾ d’entre eux étaient Néerlandais. Près de 60% des personnes rapportaient avoir utilisé des drogues récréatives, mais seulement 2,2% avaient déjà utilisé des drogues injectables au cours de leur vie. 30 des 689 participants étaient séropositifs au VHC et parmi les 24 personnes chez qui la quantité de virus de l’hépatite C était détectable, 7 avaient une infection récente. Plus du tiers des personnes infectées par le virus de l’hépatite C n’étaient pas au courant de leur infection. Seulement deux séronégatifs étaient infectés par l’hépatite C tandis que parmi les 157 personnes séropositifs au VIH participants à l’étude (22,8% du total), 28 étaient coinfectés par le virus de l’hépatite C et le virus du sida.

L’étude suggère que le nombre de personnes infectées par le virus de l’hépatite C (la prévalence) a augmenté dans le temps parmi les personnes séropositives au VIH mais cette augmentation n’est pas statistiquement significative (ce qui signifie que l’on ne peut pas l’affirmer avec certitude). En mai 2007, 7 des 48 séropositifs soit 14,6% étaient porteurs de l’hépatite C, en novembre, 7 sur 42 soit 16,7%, et en mai 2008, 14 sur 67 soit 20,9% des séropositifs étaient également infectées par le virus de l’hépatite C. De même, la proportion d’infection récente augmentait de manière non significative pendant la même période.

Le fait d’être porteur du virus de l’hépatite C était associé au fait d’être séropositif, à un historique d’usage de drogue par voie intraveineuse, au fait d’avoir pratiqué le fist récemment et à l’usage du GHB. Le fist était fortement corrélé à l’usage de sexs toys et au sexe en groupe ainsi qu’à des saignements lors de rapports sexuels ce qui ne permettait pas d’affiner les facteurs de risques.

L’analyse génétique des virus identifiés et leur comparaison avec d’autres virus déjà identifiés dans des cas de transmission sexuelle du VHC faisait apparaître une transmission spécifiquement homosexuelle. 88% des virus isolés dans l’étude étaient inclus dans quatre groupes de transmission distincts (clusters) comportant de 10 à 23 personnes.

Conclusion

Cette étude met en évidence une forte prévalence de l’hépatite C parmi les homosexuels fréquentant un centre de traitement des IST et son augmentation. Même si cette augmentation n’est pas statistiquement significative, les auteurs soulignent que cette tendance et la proportion relativement importante d’infections récentes suggèrent une diffusion rapide et nouvelle du VHC parmi les homosexuels séropositifs. Cette augmentation est d’autant plus notable que la prévalence estimée parmi les homosexuels séropositifs avant 2000 était plutôt basse (1 à 4%). L’usage de drogue récréative et les pratiques sexuelles « hard » associés à l’infection par le VHC indique une transmission liée aux prises de risques sexuels. Cette hypothèse est confirmée par l’analyse phylogénétique. Le fait que différents génotypes circulent parallèlement indique par ailleurs que l’émergence de la transmission sexuelle du VHC est plutôt liée à une modification des comportements à risque qu’à l’évolution de la virulence du virus.

La plupart des cas étaient identifiés chez des séropositifs au VIH. Être co-infecté pourrait faciliter la transmission de l’hépatite C en augmentant la charge virale du virus de l’hépatite C dans le sang et dans le sperme. Mais le fait d’être séropositif au VIH pourrait également augmenter la susceptibilité d’être infecté par le virus de l’hépatite C. Le fait que des séropositifs aient tendance à avoir plus de rapports non protégés avec d’autres séropositifs (sérotriage ou séroadaptation) alimenterait quant à lui cette transmission. Les auteurs relèvent que les séropositifs rapportent plus de comportements à risque que les séronégatifs. Les pratiques comme le fist, le sexe en groupe et le partage de gods faciliteraient les contacts sang à sang en endommageant la barrière des muqueuses rectales. Le fait qu’un certain nombre de séronégatifs aient des pratiques à risque fréquentes avec des séropositifs permet d’envisager un passage de l’infection par le VHC chez des séronégatifs. D’ailleurs, des cas de transmission non liées à l’usage de drogue ont déjà été rapportés chez des homosexuels séronégatifs.

Compte tenu du fait qu’un tiers des personnes infectées par le virus de l’hépatite C n’étaient pas au courant de leur statut et que la majorité d’entre elles avaient une infection récente, les auteurs suggèrent que les médecins testent en routine les anticorps et la charge virale VHC chez les séropositifs. En effet, un traitement pendant la phase initiale de l’infection par l’hépatite C offre le maximum de chances de réussite.

Les auteurs concluent que pour minimiser l’extension de la transmission de l’hépatite C parmi les homosexuels séropositifs et éviter son passage parmi les séronégatifs, des messages de prévention ciblés sont nécessaires ainsi que la généralisation du dépistage de l’hépatite C chez les personnes vivant avec le virus du sida.

Voir aussi le dossier Hépatite C


Vos contributions

L’identification d’une transmission sexuelle de l’hépatite C parmi les homosexuels est relativement récente. Elle a cependant été rapportée dans plusieurs villes d’Europe (à Londres, Paris, Amsterdam et Berlin) et aux États-Unis. Il est aujourd’hui relativement bien établi qu’elle intervient lors de rapports sexuels non protégés.

La limite principale de cette étude tient à la forte corrélation entre les facteurs de risques potentiels. Il est donc difficile de distinguer entre les différentes pratiques sexuelles et l’usage de drogue récréatives celles et ceux qui sont directement liées à la transmission du VHC. La transmission résulte probablement d’une combinaison de facteurs comme tend à l’indiquer la mise en exergue de certaines pratiques traumatiques. D’autres études en cours devraient permettre de mieux dégager ces facteurs de risques.

Les études épidémiologiques identifient habituellement des phénomènes après qu’ils se soient produits. Une étude récente a cherché à dater cette épidémie de transmission sexuelle de l’hépatite C à partir de l’analyse génétique des virus dépistés. Elle fait remonter cette épidémie au début des années 2000. Le manque de recul ne permet sans doute pas encore de se faire une idée très précise de l’ampleur de cette nouvelle épidémie parmi les homosexuels.

Les complications des coinfections VIH / hépatite sont actuellement en France parmi les première causes de mortalité des personnes séropositives.


Par aKrobat , le 23.06.2010

Même si l’augmentation n’est pas statistiquement significative, c’est plutôt inquiétant. La question reste de savoir dans quelle mesure l’hépatite C se transmet également sexuellement entre personnes séronégatives.

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