Dépistage /

Enquête EMIS et dépistage des IST en Europe

Pourquoi une telle étude ?

Les HSH constitue en proportion la population la plus touchée par les infections sexuellement transmissibles que sont les condylomes génitaux ou anaux dus à la présence du papillomavirus (HPV), les chlamydiae ou les gonorrhées, notamment rectales. Or il a été prouvé que les IST d’origine bactérienne augmentaient le risque d’infection à VIH.
Outre un suivi médical qui tient compte des pratiques à risques, des spécificités des pratiques sexuelles et du nombre de nouveaux partenaires, être en mesure de détecter précocement des IST quand elles sont à un stade asymptomatique exige des examens physiques et des échantillons de prélèvement cliniques. Ce sont ces derniers qui permettent le diagnostic des IST sur les foyers d’infection les plus courants chez les gays et les hommes bisexuels.

Mais justement, les différences dans les approches de diagnostic des IST chez les HSH entre les pays ont une incidence sur la comparabilité des données des instituts de veille sanitaire européens. Cette partie de l’enquête EMIS s’est donc attachée à comparer non seulement la manière dont les professionnels de santé recherchaient la présence d’une IST (tests sanguins, écouvillonnage, etc…) pour le public spécifique des HSH à travers l’Europe, mais aussi leurs résultats en matière de dépistage.
Ainsi, les enquêteurs ont cherché à connaître :

  • La perception que les répondants avaient de l’accès aux tests de dépistage des IST
  • La fréquence de ces tests et le temps écoulé depuis les derniers
  • Le caractère précoce ou non du diagnostic
  • La présence ou l’absence de symptômes lors du dernier test
  • Les différentes approches du professionnel de santé pour faire son diagnostic (tests sanguins, examen physique, prélèvements…)

Quels résultats ?

Sur l’ensemble des pays concerné par l’enquête EMIS, la proportion de répondants qui ont déclaré avoir subi un test de dépistage des infections sexuellement transmissibles au cours des douze derniers mois a varié entre 20% et 50%.
La plupart des tests sont effectués en l’absence de symptôme. Les tests sanguins par recherche d’anticorps (qui ne peuvent détecter outre le VIH, que la syphilis et les hépatites) sont les plus répandues en Europe (à plus de 80%)
Cependant, dans 30 des 38 pays étudiés, on observe moins de 20% de bilans de santé sexuelle comprenant un examen physique de base du pénis ou de l’anus. Comme on le voit sur ce graphique, ce n’est pas le cas de Malte, de l’Irlande et du Royaume-Uni qui sont des pays disposant de véritables cliniques spécialisée dans la médecine dite "génito-urinaire" (GUM) qui font en fait ici référence à des centres de santé sexuelle.
L’enquête montre en outre que moins de 20% de ces bilans utilisent les méthodes de diagnostic permettant la détection des infections rectales par Neisseria gonorrhoeae :
Il en va de même pour les Chlamydia trachomatis
Sur les condylomes :
Axel SCHMIDT précise que même en tenant compte des différences dans la composition de l’échantillon, l’efficacité des tests de dépistages des IST demeure meilleure dans les pays dont les politiques de santé publique se sont dotés de centres de santé sexuelle ; par vrai volontarisme étatique comme en Suède, ou par réflexe culturel comme au Royaume-Uni, dont on peut penser que les inspection physiques tiennent en grande partie de son passé colonial et des visites médicales et règles strictes qui étaient appliquées aux navigateurs une fois de retour en métropole.

Qu’en retenir ?

Dans la plupart des pays européens, les condylomes génitaux ou anaux, ainsi que des infections rectales dues à la présence de gonocoques ou de chlamydiae sont susceptibles d’être profondément sous-diagnostiquées.
En effet, une proportion importante de ces infections ne pourra être détectée qu’en systématisant le recours aux écouvillonnages comme outil de diagnostic. En attendant, ce no disease’s land n’est pas sans conséquence sur la santé des gays et hommes bisexuels, et peut avoir des implications graves en matière de contaminations par le VIH/sida. Il apparaît urgent de mettre en œuvre ou d’améliorer la connaissance, la prévention et le dépistage des infections sexuellement transmissibles. Dans cette optique, pour les auteurs de l’étude, les offres de test rapide de plus en plus proposé ne doivent pas empêcher de s’interroger sur la pertinence du développement de véritables centres communautaires de santé sexuelle comme il en existe aux Pays-Bas, en Suède, à Malte, au Royaume-Uni ou en Irlande et qui prouvent une utilité certaine dans le dépistage et le suivi des HSH.

Ces résultats de l’enquête EMIS tendent par ailleurs à montrer que la France en axant presque exclusivement sa politique de dépistage sur les tests sanguins, est à la traîne en matière de détection des infections sexuellement transmissibles et fait figure de parent pauvre, très pauvre, au regard de ce qui se fait ailleurs dans des pays comparables sur le continent européen. Pire : elle continue d’ignorer les spécificités des foyers infectieux chez les HSH.

Ainsi, rares sont les répondants français déclarant avoir eu un examen du pénis et de l’anus dans les douze mois précédents, à tel point que sur les 38 pays enquêtés, la France se classe 37ème pour les inspections génitales et anales ou les écouvillonnages anaux, juste devant la Roumanie et derrière la Bulgarie ; pays qui ne disposent et de loin pas de la même enveloppe budgétaire en matière de dépistage que le nôtre. Les répondants sont pourtant 40% à affirmer avoir été testés pour les IST dans les 12 mois précédents…

Inquiétant : si la France était au niveau du Royaume-Uni en termes de pluralités des dépistages, les auteurs estiment que les proportions de Chlamydiae, Condylomes et Gonorrhoea diagnostiqués seraient respectivement de 3 ; 2,5 et 2 fois supérieures à celles observées actuellement. C’est autant d’HSH qui ignorent aujourd’hui être porteurs de ces IST.

Dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 5 Juillet 2011 de l’Institut de Veille Sanitaire, on pouvait lire : "L’analyse des données sur les infections à gonocoques confirme leur progression chez l’homme et la femme quelle que soit l’orientation sexuelle, justifiant de rester vigilant. Ces tendances reflètent la progression des comportements sexuels à risque. Cette constatation laisse présager l’augmentation de la transmission d’IST plus graves, notamment du VIH et des hépatites B".

Alors que les gays et plus largement les HSH se distinguent depuis plusieurs années par un relâchement de leurs pratiques sexuelles safe, et par un triste leadership en matière de nouvelles contaminations, faisant même réapparaître des maladies qu’on pensait en déshérence (lymphogranulomatose, syphilis…), il semble urgent de rappeler qu’une IST peut suffire à faire le lit du VIH/sida, surtout quand elle est ignorée. Urgent de dénoncer une relapase qui n’en finit pas de se généraliser, et d’abord chez les jeunes. Enfin, rappeler que si une IST peut constituer la porte d’entrée rêvée du VIH pour un séronégatif, elle constitue une porte tout aussi dangereuse de sortie du VIH chez les séropos, même sous un traitement dont ils pensent qu’il les rend moins contaminants…

par Jérémy C-S, le 15.10.2012

Enquête EMIS et dépistage des IST en Europe

Tags : Dépistage , EMIS , Europe , IST

Alors que la publication du rapport final de l’enquête EMIS (Enquête Européenne sur la sexualité entre hommes) n’en finit pas d’être reportée "en raison de divergences avec le principal bailleur de fonds", peut-on lire sur le site de EMIS (l’Agence exécutive pour la santé et les consommateurs, l’EAHC, ayant refusé de signer une nouvelle fois le Rapport Final), ses auteurs distillent néanmoins quelques éléments de réflexion çà et là au gré des colloques.

Près de 180 000 gays et bisexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH, selon l’expression désormais consacrée), de 38 pays, dont 11 164 français, ont, entre Juin et Août 2010 répondu massivement à EMIS, un questionnaire sur leur sexualité proposé en ligne, grâce au support de réseaux sociaux gays tels que GayRomeo et Manhunt, et d’associations communautaires.

Le principal intérêt de cette étude, outre qu’il s’agit de la plus grande enquête de ce type jamais réalisée, est de fournir des données comparables sur l’ensemble des pays européens ainsi qu’une vision générale tant sur la sexualité des gays que sur leurs comportements de prévention à l’égard du sida et des infections sexuellement transmissibles à travers tout le continent. [Reactup]

Présentés lors de la FEMP 2011, la Conférence internationale de lutte contre le sida à Washington en Juillet 2012, et avant en Juin à Marseille lors de l’ISHEID par Axel SCHMIDT, il sera question ici des résultats de l’enquête EMIS ayant trait aux défauts sur le dépistage ciblé des IST chez les hommes gays et bisexuels en Europe.

Pourquoi une telle étude ?

Les HSH constitue en proportion la population la plus touchée par les infections sexuellement transmissibles que sont les condylomes génitaux ou anaux dus à la présence du papillomavirus (HPV), les chlamydiae ou les gonorrhées, notamment rectales. Or il a été prouvé que les IST d’origine bactérienne augmentaient le risque d’infection à VIH.
Outre un suivi médical qui tient compte des pratiques à risques, des spécificités des pratiques sexuelles et du nombre de nouveaux partenaires, être en mesure de détecter précocement des IST quand elles sont à un stade asymptomatique exige des examens physiques et des échantillons de prélèvement cliniques. Ce sont ces derniers qui permettent le diagnostic des IST sur les foyers d’infection les plus courants chez les gays et les hommes bisexuels.

Mais justement, les différences dans les approches de diagnostic des IST chez les HSH entre les pays ont une incidence sur la comparabilité des données des instituts de veille sanitaire européens. Cette partie de l’enquête EMIS s’est donc attachée à comparer non seulement la manière dont les professionnels de santé recherchaient la présence d’une IST (tests sanguins, écouvillonnage, etc…) pour le public spécifique des HSH à travers l’Europe, mais aussi leurs résultats en matière de dépistage.
Ainsi, les enquêteurs ont cherché à connaître :

  • La perception que les répondants avaient de l’accès aux tests de dépistage des IST
  • La fréquence de ces tests et le temps écoulé depuis les derniers
  • Le caractère précoce ou non du diagnostic
  • La présence ou l’absence de symptômes lors du dernier test
  • Les différentes approches du professionnel de santé pour faire son diagnostic (tests sanguins, examen physique, prélèvements…)

Quels résultats ?

Sur l’ensemble des pays concerné par l’enquête EMIS, la proportion de répondants qui ont déclaré avoir subi un test de dépistage des infections sexuellement transmissibles au cours des douze derniers mois a varié entre 20% et 50%.
La plupart des tests sont effectués en l’absence de symptôme. Les tests sanguins par recherche d’anticorps (qui ne peuvent détecter outre le VIH, que la syphilis et les hépatites) sont les plus répandues en Europe (à plus de 80%)
Cependant, dans 30 des 38 pays étudiés, on observe moins de 20% de bilans de santé sexuelle comprenant un examen physique de base du pénis ou de l’anus. Comme on le voit sur ce graphique, ce n’est pas le cas de Malte, de l’Irlande et du Royaume-Uni qui sont des pays disposant de véritables cliniques spécialisée dans la médecine dite "génito-urinaire" (GUM) qui font en fait ici référence à des centres de santé sexuelle.
L’enquête montre en outre que moins de 20% de ces bilans utilisent les méthodes de diagnostic permettant la détection des infections rectales par Neisseria gonorrhoeae :
Il en va de même pour les Chlamydia trachomatis
Sur les condylomes :
Axel SCHMIDT précise que même en tenant compte des différences dans la composition de l’échantillon, l’efficacité des tests de dépistages des IST demeure meilleure dans les pays dont les politiques de santé publique se sont dotés de centres de santé sexuelle ; par vrai volontarisme étatique comme en Suède, ou par réflexe culturel comme au Royaume-Uni, dont on peut penser que les inspection physiques tiennent en grande partie de son passé colonial et des visites médicales et règles strictes qui étaient appliquées aux navigateurs une fois de retour en métropole.

Qu’en retenir ?

Dans la plupart des pays européens, les condylomes génitaux ou anaux, ainsi que des infections rectales dues à la présence de gonocoques ou de chlamydiae sont susceptibles d’être profondément sous-diagnostiquées.
En effet, une proportion importante de ces infections ne pourra être détectée qu’en systématisant le recours aux écouvillonnages comme outil de diagnostic. En attendant, ce no disease’s land n’est pas sans conséquence sur la santé des gays et hommes bisexuels, et peut avoir des implications graves en matière de contaminations par le VIH/sida. Il apparaît urgent de mettre en œuvre ou d’améliorer la connaissance, la prévention et le dépistage des infections sexuellement transmissibles. Dans cette optique, pour les auteurs de l’étude, les offres de test rapide de plus en plus proposé ne doivent pas empêcher de s’interroger sur la pertinence du développement de véritables centres communautaires de santé sexuelle comme il en existe aux Pays-Bas, en Suède, à Malte, au Royaume-Uni ou en Irlande et qui prouvent une utilité certaine dans le dépistage et le suivi des HSH.

Ces résultats de l’enquête EMIS tendent par ailleurs à montrer que la France en axant presque exclusivement sa politique de dépistage sur les tests sanguins, est à la traîne en matière de détection des infections sexuellement transmissibles et fait figure de parent pauvre, très pauvre, au regard de ce qui se fait ailleurs dans des pays comparables sur le continent européen. Pire : elle continue d’ignorer les spécificités des foyers infectieux chez les HSH.

Ainsi, rares sont les répondants français déclarant avoir eu un examen du pénis et de l’anus dans les douze mois précédents, à tel point que sur les 38 pays enquêtés, la France se classe 37ème pour les inspections génitales et anales ou les écouvillonnages anaux, juste devant la Roumanie et derrière la Bulgarie ; pays qui ne disposent et de loin pas de la même enveloppe budgétaire en matière de dépistage que le nôtre. Les répondants sont pourtant 40% à affirmer avoir été testés pour les IST dans les 12 mois précédents…

Inquiétant : si la France était au niveau du Royaume-Uni en termes de pluralités des dépistages, les auteurs estiment que les proportions de Chlamydiae, Condylomes et Gonorrhoea diagnostiqués seraient respectivement de 3 ; 2,5 et 2 fois supérieures à celles observées actuellement. C’est autant d’HSH qui ignorent aujourd’hui être porteurs de ces IST.

Dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 5 Juillet 2011 de l’Institut de Veille Sanitaire, on pouvait lire : "L’analyse des données sur les infections à gonocoques confirme leur progression chez l’homme et la femme quelle que soit l’orientation sexuelle, justifiant de rester vigilant. Ces tendances reflètent la progression des comportements sexuels à risque. Cette constatation laisse présager l’augmentation de la transmission d’IST plus graves, notamment du VIH et des hépatites B".

Alors que les gays et plus largement les HSH se distinguent depuis plusieurs années par un relâchement de leurs pratiques sexuelles safe, et par un triste leadership en matière de nouvelles contaminations, faisant même réapparaître des maladies qu’on pensait en déshérence (lymphogranulomatose, syphilis…), il semble urgent de rappeler qu’une IST peut suffire à faire le lit du VIH/sida, surtout quand elle est ignorée. Urgent de dénoncer une relapase qui n’en finit pas de se généraliser, et d’abord chez les jeunes. Enfin, rappeler que si une IST peut constituer la porte d’entrée rêvée du VIH pour un séronégatif, elle constitue une porte tout aussi dangereuse de sortie du VIH chez les séropos, même sous un traitement dont ils pensent qu’il les rend moins contaminants…

http://www.isheid.com
Deficits in Targeted STI-testing regarding Gay and Bisexual Men across Europe. results of the European MSM Internet Survey (EMIS)
Défauts sur le Dépistage ciblé des IST chez les Hommes Gays et Bisexuels en Europe : Résultats de l’Enquête Européenne HSH (EMIS)
Axel SCHMIDT, London School of Hygiene and Tropical Medecine, London - UK



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