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CROI 2019 : Plan d’éradication du VIH en 2030 aux Etats-Unis : de la théorie à la pratique ?

Cette cartographie de l’épidémie cachée américaine est un élément essentiel pour cibler les actions de dépistage prioritaire mais aussi d’optimiser une diffusion de la PreP.

Le « Où » c’est bien, le comment c’est mieux !

En général, une fois qu’on a les outils et la cible, la dernière chose à trouver ce sont les moyens. Or c’est bien là que l’on est léger, bien que Fauci nous dit qu’il ne peut pas nous dire quoique ce soit sur le budget (puisque c’est privilège du président), mais nous assure que rien ne sera pris sur des budget d’autres programmes fédéraux, les signaux des deux premières années de la présidence Trump ne sont pas pour nous rassurer.

Les États-Unis sont dans un climat social délétère, avec un démantèlement continu de Médicare (programme d’accès à la santé par les mutuelles pour les personnes les plus précaires), un agenda réactionnaire pour les droits des personnes LGBT (renvoi des personnes trans de l’armée, légalisation des discrimination envers les LGBT dans certains états etc), et même des attaques spécifiques contre les personnes séropositives (arrêt du remboursement de certains ARV, arrêt des recherches sur les traitements). A cela il faut ajouter un renforcement de politiques anti-migratoires et une crise des opioïdes (que nous aborderons dans un prochain article) qui nous laissent plus que sceptiques sur les projections de la présidence américaine.

Il est évident que nous ne pouvons que saluer des annonces de volonté politique quand il s’agit de VIH, tellement elles sont rares, mais nous restons vigilants en particulier à cause du fait qu’à peine 60% des personnes diagnostiquées sont sous traitement, le reste étant dans sa grosse majorité laissé pour compte par faute de moyens.

Ce manque de moyens se retrouve à tous les niveaux, aujourd’hui la prise en charge des personnes voulant avoir accès à la PreP est dépendante souvent des lieux de résidence, certaines villes ayant développé des programmes d’accès (comme San Franciso ou New York City) mais laissant des zones entièrement démunis et à la merci des appétits délirants des laboratoires pharmaceutiques éloignant les personnes les plus précaires, et donc les plus à risques, des dispositifs de prévention. La guerre contre la drogue initiée depuis plus de 50 ans est un échec absolu et aujourd’hui le constat est qu’il n’y a jamais eu autant d’overdose mortelle et voir même une recrudescence de l’épidémie dans chez les personnes injectrices de produits psychoactifs (nous développerons ce sujet dans un prochain article).

Bien que cette annonce soit une excellente nouvelle, nous ne pouvons pas nous empêcher d’être méfiant car l’histoire de la lutte contre le sida nous a rarement donné confiance.

Cette volonté politique ne doit jamais cacher ou estomper les vrais enjeux politiques de la lutte contre le SIDA, et Blossom Brown, militante trans, le rappelle très bien : « Aucune réelle politique de santé publique ne pourra jamais coexister avec des discriminations contre les personnes qui ont le plus besoin de ces politiques ».

Retrouvez les autres articles sur la CROI 2019 ici :

par Robin DREVET, le 6.03.2019

CROI 2019 : Plan d’éradication du VIH en 2030 aux Etats-Unis : de la théorie à la pratique ?

Tags : Conférences , CROI , Recherche

En plénière d’ouverture de la CROI cette année, nous avons pu écouter Anthony S. Fauci, célébre immunologiste et surtout directeur de l’Institut National des allergies et maladies infectieuse des Etats-Unis (National Institute of Allergy and Infectious Diseases).

Cet institut est en charge de piloter la politique nationale de lutte contre le SIDA. Il était au centre de toutes les attentions puisque Donald Trump a annoncé lors de son discours sur l’état de l’Union le 5 février 2019 : « Mon budget demandera aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux États-Unis d’ici 10 ans. Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà ». Nous revenons ici sur les détails de ce plan.

Où est Charlie ?

Fauci a commencé son intervention en rappelant que nous avons aujourd’hui tous les outils nécessaires pour pouvoir éradiquer l’épidémie : le TASP et la PreP. En effet, ces outils, s’ils sont accessibles, peuvent permettre aujourd’hui de maîtriser et stopper l’épidémie telle qu’on la connaît.

La principale problématique est donc d’identifier les personnes cibles de ces outils. Il faut aller dépister les personnes séropositives qui s’ignorent et les mettre sous traitement, et accélérer la diffusion de la PreP auprès des publics qui ont le plus haut risque de contracter le VIH.

Afin de pouvoir cibler l’offre en santé sexuelle de manière pertinente, il est nécessaire de comprendre ce que l’on appelle l’épidémie cachée, la France a fait ce travail ces dernières années, en particulier grâce aux travaux de Virginie Supervie, et ce sont donc ces travaux issus de métanalyse que nous a présenté Anthony Fauci en ouverture de la CROI.

Les données étatsuniennes sont intéressantes à plusieurs niveaux en particulier parce que les épidémiologistes ont la possibilité de pouvoir affiner leurs recherches en y intégrant des données issues de statistiques ethniques permettant d’appréhender au plus près les communautés les plus touchées par le VIH/Sida alors que la France interdit ce type d’analyses.

Penchons nous donc un instant sur ce que nous apprennent les données etatsuniennes en terme d’épidémiologie. Il a été identifié que plus de 50% des nouveaux diagnostics en 2016 et 2017 se trouvaient dans 48 comtés ainsi que plusieurs états ruraux du sud. En plus de ces données géographiques, il faut croiser cela avec les données démographiques : 44% des nouvelles infections sont parmi des afro-américains dont 60% sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et 75% ont moins de 25 ans. Cela permet donc, après croisement des données d’obtenir la carte ci-après.

Cette cartographie de l’épidémie cachée américaine est un élément essentiel pour cibler les actions de dépistage prioritaire mais aussi d’optimiser une diffusion de la PreP.

Le « Où » c’est bien, le comment c’est mieux !

En général, une fois qu’on a les outils et la cible, la dernière chose à trouver ce sont les moyens. Or c’est bien là que l’on est léger, bien que Fauci nous dit qu’il ne peut pas nous dire quoique ce soit sur le budget (puisque c’est privilège du président), mais nous assure que rien ne sera pris sur des budget d’autres programmes fédéraux, les signaux des deux premières années de la présidence Trump ne sont pas pour nous rassurer.

Les États-Unis sont dans un climat social délétère, avec un démantèlement continu de Médicare (programme d’accès à la santé par les mutuelles pour les personnes les plus précaires), un agenda réactionnaire pour les droits des personnes LGBT (renvoi des personnes trans de l’armée, légalisation des discrimination envers les LGBT dans certains états etc), et même des attaques spécifiques contre les personnes séropositives (arrêt du remboursement de certains ARV, arrêt des recherches sur les traitements). A cela il faut ajouter un renforcement de politiques anti-migratoires et une crise des opioïdes (que nous aborderons dans un prochain article) qui nous laissent plus que sceptiques sur les projections de la présidence américaine.

Il est évident que nous ne pouvons que saluer des annonces de volonté politique quand il s’agit de VIH, tellement elles sont rares, mais nous restons vigilants en particulier à cause du fait qu’à peine 60% des personnes diagnostiquées sont sous traitement, le reste étant dans sa grosse majorité laissé pour compte par faute de moyens.

Ce manque de moyens se retrouve à tous les niveaux, aujourd’hui la prise en charge des personnes voulant avoir accès à la PreP est dépendante souvent des lieux de résidence, certaines villes ayant développé des programmes d’accès (comme San Franciso ou New York City) mais laissant des zones entièrement démunis et à la merci des appétits délirants des laboratoires pharmaceutiques éloignant les personnes les plus précaires, et donc les plus à risques, des dispositifs de prévention. La guerre contre la drogue initiée depuis plus de 50 ans est un échec absolu et aujourd’hui le constat est qu’il n’y a jamais eu autant d’overdose mortelle et voir même une recrudescence de l’épidémie dans chez les personnes injectrices de produits psychoactifs (nous développerons ce sujet dans un prochain article).

Bien que cette annonce soit une excellente nouvelle, nous ne pouvons pas nous empêcher d’être méfiant car l’histoire de la lutte contre le sida nous a rarement donné confiance.

Cette volonté politique ne doit jamais cacher ou estomper les vrais enjeux politiques de la lutte contre le SIDA, et Blossom Brown, militante trans, le rappelle très bien : « Aucune réelle politique de santé publique ne pourra jamais coexister avec des discriminations contre les personnes qui ont le plus besoin de ces politiques ».

Retrouvez les autres articles sur la CROI 2019 ici :

Nous vous rendons compte de nos découvertes au fil de la semaine de cette CROI 2019 à Seattle. Mais sachez que de toute manière toutes les sessions de la conférence sont revisitables sur le site internet http://www.croiconference.org/ en intégralité. C’est juste en anglais et parfois ardu à suivre. Mais nous serons là pour vous proposer les clés de décodage de cette passionnante rencontre scientifique de haut niveau.



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